20.09.2007

Les Chronolithes par Robert Charles Wilson

Scott Warden était là à Chumphon, Thaïlande, quand le premier chronolithe est apparu : un obélisque de plus de cent mètres de haut, d'un bleu impossible, gelant un paysage de jungle dévasté ; un monument commémorant une victoire, celle du seigneur de la guerre Kuin, victoire qui n'aura lieu que dans vingt ans et trois mois. Mais qui est Kuin ? Un tyran, le sauveur d'une humanité à la dérive, un extraterrestre aux traits indubitablement asiatiques, un futur dirigeant chinois, une rumeur qui, grâce à la turbulence Tau, deviendra réalité ? Et que sont réellement ces chronolithes qui ravagent le monde ? C'est à toutes ces questions que Scott et son ancien professeur de physique, Sulamith Chopra, devront répondre, non sans avoir à parcourir le globe, de Chumphon à Jérusalem, du Mexique au Wyoming.

Robert C. Wilson signe ici un passionnant ouvrage loin des courants, renouant plutôt avec une tradition de la science-fiction. Le temps, donc… De nombreux ouvrages l’ont déjà étudié, documenté, mettant généralement en avant les paradoxes du voyage temporel. Wilson dépasse cela en présentant des monuments, prémisses d’un futur incertain, puisque envoyés à travers les décennies, qui ne sont que des « aiguilles » dans le tissu du temps et de l’espace, ne le déformant que localement et n’ayant donc pas de véritable impact global – si ce n’est au niveau psychologique.
Wilson se penche sur le combat mené contre ces chronolithes – ces monolithes qui font irrémédiablement penser à celui de 2001, l’odyssée de l’espace, tout en ayant une portée différente – et la vision du futur qu’elle suggère ; à savoir un futur inéluctable, où un inconnu domine le monde et l’entraîne dans une folie guerrière. Ce qui tue par avance… puisque des factions vont se constituer, pro ou anti-Kuin, et s’affronter avant même que celui-ci se soit fait connaître. Wilson, cependant, étudie cela de manière très subtile. Le personnage principal nous raconte son histoire avec son recul de la fin du siècle ; il a assisté à l’apparition du premier chronolithe, et a vécu par la suite des évènements qui semblent majeurs, révélant son vécu et les recherches menées pour mieux comprendre les chronolithes. Mais cet homme a aussi une famille, qui sera déchirée non par l’arrivée du chronolithe, mais simplement par ses actions. Et cet homme évoluera, tentant de vivre comme il peut, du mieux qu’il peut.
Quels sont donc les ravages engendrés par les chronolithes ? C’est là le point d’étude de l’auteur. Tout d’abord physiques ; ceux qui sont à proximité de l’impact en subissent les conséquences. Mais surtout psychologiques, au niveau mondial ; personne ne sait qui envoie ces monuments célébrant des victoires à venir, le nom qui semble leur donner vie, Golem de pierre, demeure une légende, un mythe du futur, nécessairement effrayant puisque inéluctable. Comment résister, comment lutter contre ce qui DOIT advenir ? Chacun à son échelle tente ce qu’il peut, choisit son camp, et endure les conséquences de ses choix… Le futur est-il inéluctable ?
Autre point remarquable, l’empathie dont fait preuve le narrateur ; celui-ci fait aisément le lien avec le lecteur, par des rappels discrets aux évolutions technologiques et sociétaux, marquant les changements du début du 21è siècle.
Wilson déroule ainsi une histoire passionnante, se jouant des paradoxes temporels et spatiaux pour interroger l’avenir de l’homme. Et tenter de proposer des réponses, tant au niveau personnel que civilisationnel.