05.02.2008
La chambre des morts de Franck Thilliez
Un soir, près de Dunkerque, deux hommes renversent et tuent le père d’une fillette transportant dans une mallette l’argent de la rançon de l’enlèvement. L'un veut appeler la police, l'autre pas, d'autant plus qu'ils découvrent que la mallette contient deux millions d'euros pour eux. Ils décident de cacher le corps et de garder l'argent. Le lendemain matin, une petite fille aveugle est retrouvée morte dans un entrepôt à deux pas du lieux de l'accident. La police ne met pas longtemps avant de faire le lien entre les deux affaires et comprendre que la somme d'argent disparue était la rançon.
Taguer son ancienne boite pour marquer sa haine, puis écraser involontairement un père de famille porteur de 2 millions d’euros, récupérer l’argent et dissimuler le cadavre, puis retourner au quotidien. Pourtant les choses ne seront plus les mêmes, puisque l’argent sépare insidieusement désormais les deux hommes. A cause de la non-remise de rançon, une petite fille est assassinée. Et la série va démarrer.
L’histoire est plutôt intéressante, constituant un solide roman policier. Cependant, il n’y a pas grand-chose d’original – sinon les raisons d’agir du tueur en série. Le personnage principal est… tel qu’on l’attend, avec ses doutes, ses attirances, ses répulsions. Seul intérêt ici : avoir utilisé une mère de jumelles en bas âge, de retour ou presque de congé maternité.
Le tueur… ou plutôt, on devine très vite qu’il y a deux personnes. L’enquête se met en branle, la police fait son travail, même en période de Noël. Et les multiples rebondissements mèneront, bien sûr… à la chambre des morts !
Au-delà de cette absence d’originalité, de son final balancé à la va-vite et laissant un arrière-goût de bâclage, l’emplacement géographique fait toute la force et l’intérêt du roman. Tout se passe dans la région dunkerquoise, au pied des terrils. La description de la région est bien faite, avec ses contrastes, une petite scène avec un petit coup d’accent chtimi etc. Et le roman se laisse lire sans problème, le rythme est toujours soutenu, même si les fins de chapitres font un peu trop « la suite au prochain… ».
Par contre, l’héroïne semble se battre avec ses propres démons, mais le trait est à mon goût un peu trop forcé ; l’auteur semble avoir voulu décrire « le Mal », mais se contente de parler de « la Bête » à propos du tueur, décrit la boucherie, les questionnements de Lucie, mais sans creuser plus profond – peut-être effrayé par ce qu’il ramenait en surface ; dommage, il y aurait certainement eu fort à dire. Enfin, quelques approximations par endroits viennent renforcer cette déception. Cependant, l’ambiance créée et un suspens soutenu (un peu artificiellement) en font un roman très intéressant.
Taguer son ancienne boite pour marquer sa haine, puis écraser involontairement un père de famille porteur de 2 millions d’euros, récupérer l’argent et dissimuler le cadavre, puis retourner au quotidien. Pourtant les choses ne seront plus les mêmes, puisque l’argent sépare insidieusement désormais les deux hommes. A cause de la non-remise de rançon, une petite fille est assassinée. Et la série va démarrer.
L’histoire est plutôt intéressante, constituant un solide roman policier. Cependant, il n’y a pas grand-chose d’original – sinon les raisons d’agir du tueur en série. Le personnage principal est… tel qu’on l’attend, avec ses doutes, ses attirances, ses répulsions. Seul intérêt ici : avoir utilisé une mère de jumelles en bas âge, de retour ou presque de congé maternité.
Le tueur… ou plutôt, on devine très vite qu’il y a deux personnes. L’enquête se met en branle, la police fait son travail, même en période de Noël. Et les multiples rebondissements mèneront, bien sûr… à la chambre des morts !
Au-delà de cette absence d’originalité, de son final balancé à la va-vite et laissant un arrière-goût de bâclage, l’emplacement géographique fait toute la force et l’intérêt du roman. Tout se passe dans la région dunkerquoise, au pied des terrils. La description de la région est bien faite, avec ses contrastes, une petite scène avec un petit coup d’accent chtimi etc. Et le roman se laisse lire sans problème, le rythme est toujours soutenu, même si les fins de chapitres font un peu trop « la suite au prochain… ».
Par contre, l’héroïne semble se battre avec ses propres démons, mais le trait est à mon goût un peu trop forcé ; l’auteur semble avoir voulu décrire « le Mal », mais se contente de parler de « la Bête » à propos du tueur, décrit la boucherie, les questionnements de Lucie, mais sans creuser plus profond – peut-être effrayé par ce qu’il ramenait en surface ; dommage, il y aurait certainement eu fort à dire. Enfin, quelques approximations par endroits viennent renforcer cette déception. Cependant, l’ambiance créée et un suspens soutenu (un peu artificiellement) en font un roman très intéressant.
19:00 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : chambre des morts, franck thilliez, thriller, tueur
27.08.2007
Amnésie de Sarah Vajda
L’histoire commence un 3 avril 2003 : le commissaire divisionnaire Jean Morel et une étudiante juive Marie Sarah sont retrouvés morts, côte à côte, dans une chambre d’hôtel à Séville, suicidés. A partir de cette étrange mort, la narratrice remonte le temps. Retour aux années de la déportation des juifs français, retour sur l’assassinat d'une centaine de prisonniers espagnols et gitans du camp de Larche dans le Midi de la France. En toile de fond, notre époque, avec la traque d’un tueur en série assassinant certaines jeunes femmes de la ville.
Le roman est une succession de fragments mémoriaux, d'une mémoire collective et individuelle. Très rapidement, la dimension enquête policière concernant les meurtres est désamorcée, écartée au profit d'un questionnement, d'une recherche sur l'oubli, l'amnésie volontaire, permettant d'écarter les mauvaises actions passées, de les enterrer dans un coin du cerveau.
À ce titre, il y a ici beaucoup de similitudes avec le Villa Vortex de Dantec : style très référentiel (mais beaucoup moins chargé et évocateur que Dantec), et une tentative de structuration similaire, passant par un dialogue imaginaire marquant un changement d'horizon. Mais Vajda explore, à travers son style acéré, appelant parfois trop ses prédécesseurs, le Mal, son immixtion dans la mémoire, les actes des êtres, « comment en est-on arrivé là? » Sans forcément trouver une réponse, mais en rappelant que grâce à l'amnésie volontaire, qui lave de tous nos péchés, tout peut recommencer demain.
Mais la question centrale est bien celle du Mal, présent où que l’on tourne le regard, vers les autres ou même le passé. Les morts se succèdent aux morts, l'Histoire n'est qu'un charnier sans cesse déterré, amené à la lumière, que Vajda tient bien devant nos yeux, pour que nous n’oubliions rien. Ici est décrite la déshumanisation à plusieurs niveaux, de l’holocauste à la tuerie « artisanale » par un tueur en série. Les morts sont omniprésents, prenant quasiment plus de place que les vivants, hurlant leur demande de repos. Et puis la passivité, la participation par la servitude volontaire.
La résolution du crime en série est expédiée rapidement, elle n'a pas aboutie à l'arrestation de l'assassin (autre similitude avec Villa vortex, l'enquête est vaine, tuée dans l'œuf) ; quelques invraisemblances sont également visibles, mais pas forcément significatives – la mémoire et le souvenir déforment toujours les faits et la chronologie.Enfin l'épilogue est une prière au divin et un envoi pour le lecteur: « Ce livre est ce conte à oublier sous peine de mort, qui, oublié, causerait bien des morts. »
Le roman est une succession de fragments mémoriaux, d'une mémoire collective et individuelle. Très rapidement, la dimension enquête policière concernant les meurtres est désamorcée, écartée au profit d'un questionnement, d'une recherche sur l'oubli, l'amnésie volontaire, permettant d'écarter les mauvaises actions passées, de les enterrer dans un coin du cerveau.
À ce titre, il y a ici beaucoup de similitudes avec le Villa Vortex de Dantec : style très référentiel (mais beaucoup moins chargé et évocateur que Dantec), et une tentative de structuration similaire, passant par un dialogue imaginaire marquant un changement d'horizon. Mais Vajda explore, à travers son style acéré, appelant parfois trop ses prédécesseurs, le Mal, son immixtion dans la mémoire, les actes des êtres, « comment en est-on arrivé là? » Sans forcément trouver une réponse, mais en rappelant que grâce à l'amnésie volontaire, qui lave de tous nos péchés, tout peut recommencer demain.
Mais la question centrale est bien celle du Mal, présent où que l’on tourne le regard, vers les autres ou même le passé. Les morts se succèdent aux morts, l'Histoire n'est qu'un charnier sans cesse déterré, amené à la lumière, que Vajda tient bien devant nos yeux, pour que nous n’oubliions rien. Ici est décrite la déshumanisation à plusieurs niveaux, de l’holocauste à la tuerie « artisanale » par un tueur en série. Les morts sont omniprésents, prenant quasiment plus de place que les vivants, hurlant leur demande de repos. Et puis la passivité, la participation par la servitude volontaire.
La résolution du crime en série est expédiée rapidement, elle n'a pas aboutie à l'arrestation de l'assassin (autre similitude avec Villa vortex, l'enquête est vaine, tuée dans l'œuf) ; quelques invraisemblances sont également visibles, mais pas forcément significatives – la mémoire et le souvenir déforment toujours les faits et la chronologie.Enfin l'épilogue est une prière au divin et un envoi pour le lecteur: « Ce livre est ce conte à oublier sous peine de mort, qui, oublié, causerait bien des morts. »
23:00 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : tueur, vajda, collaboration, mal, littérature, mémoire, mort

