29.04.2009

Une fille comme les autres de Jack Ketchum

510R4q9uLKL._SL160_PIsitb-sticker-arrow-dp,TopRight,12,-18_SH30_OU08_AA115_.jpgUne fille comme les autres de Jack Ketchum

Meg est une adolescente. Prisonnière. Torturée.
Il y a ceux qui en profitent, ceux qui s en foutent et ceux qui voudraient l'aider.

La quatrième de couverture, Stephen King dans sa préface nous avertissent : on ne va pas rire, pas du tout. On va être plonger dans l'horreur la plus crue, la souffrance la plus abjecte. À chacun de voir s'il veut faire le voyage et suivre le texte jusqu'au bout, long chemin à l'issue trop évidente, mais dont on se prend à espérer que, peut-être... Ce roman de 1989 a donc été tardivement traduit, mais on ne peut que féliciter l'éditeur. C'est donc le genre de livre où vous savez comment se termine l'histoire, ses grandes lignes. Et pourtant... pourtant, vous ne pouvez vous empêcher de lire, de suivre le récit, une dose d'incrédulité, d'horreur sourde. Les seuls moments de répit qu'offre Ketchum sont ceux où vous poserez le livre... écrit de manière simple et efficace, sans effet de style superflu, « une fille comme les autres » effraie; par le récit du narrateur, justement, qui a laissé faire et, des années plus tard, ne s'explique toujours pas son comportement. Par la banalité de l'environnement, qui rappelle tant de faits divers actuels – ou passés; l'auteur raconte justement qu'il s'est basé sur des faits réels, qu'il a expurgé. Par l'escalade de la violence exercée par des enfants, sous contrôle d'une adulte. Le regard un peu lointain du voisin ne temporise rien, ne soulage pas la souffrance de cette (presque)martyr, elle et sa petite sœur abusée, qui souffrent simplement pour expier le mal-être, la haine de celle qui les a recueillies. 
On sort difficilement d'une telle lecture, même si elle met mal à l'aise; elle interroge, sur le rapport à l'autorité, aux limites que l'on s'impose, à la perception que l'on a des autres. Elle interroge sur notre propre comportement: qu'aurions-nous réellement fait?

05.02.2008

La chambre des morts de Franck Thilliez

Un soir, près de Dunkerque, deux hommes renversent et tuent le père d’une fillette transportant dans une mallette l’argent de la rançon de l’enlèvement. L'un veut appeler la police, l'autre pas, d'autant plus qu'ils découvrent que la mallette contient deux millions d'euros pour eux. Ils décident de cacher le corps et de garder l'argent. Le lendemain matin, une petite fille aveugle est retrouvée morte dans un entrepôt à deux pas du lieux de l'accident. La police ne met pas longtemps avant de faire le lien entre les deux affaires et comprendre que la somme d'argent disparue était la rançon.

Taguer son ancienne boite pour marquer sa haine, puis écraser involontairement un père de famille porteur de 2 millions d’euros, récupérer l’argent et dissimuler le cadavre, puis retourner au quotidien. Pourtant les choses ne seront plus les mêmes, puisque l’argent sépare insidieusement désormais les deux hommes. A cause de la non-remise de rançon, une petite fille est assassinée. Et la série va démarrer.
L’histoire est plutôt intéressante, constituant un solide roman policier. Cependant, il n’y a pas grand-chose d’original – sinon les raisons d’agir du tueur en série. Le personnage principal est… tel qu’on l’attend, avec ses doutes, ses attirances, ses répulsions. Seul intérêt ici : avoir utilisé une mère de jumelles en bas âge, de retour ou presque de congé maternité.
Le tueur… ou plutôt, on devine très vite qu’il y a deux personnes. L’enquête se met en branle, la police fait son travail, même en période de Noël. Et les multiples rebondissements mèneront, bien sûr… à la chambre des morts !
Au-delà de cette absence d’originalité, de son final balancé à la va-vite et laissant un arrière-goût de bâclage, l’emplacement géographique fait toute la force et l’intérêt du roman. Tout se passe dans la région dunkerquoise, au pied des terrils. La description de la région est bien faite, avec ses contrastes, une petite scène avec un petit coup d’accent chtimi etc. Et le roman se laisse lire sans problème, le rythme est toujours soutenu, même si les fins de chapitres font un peu trop « la suite au prochain… ».
Par contre, l’héroïne semble se battre avec ses propres démons, mais le trait est à mon goût un peu trop forcé ; l’auteur semble avoir voulu décrire « le Mal », mais se contente de parler de « la Bête » à propos du tueur, décrit la boucherie, les questionnements de Lucie, mais sans creuser plus profond – peut-être effrayé par ce qu’il ramenait en surface ; dommage, il y aurait certainement eu fort à dire. Enfin, quelques approximations par endroits viennent renforcer cette déception. Cependant, l’ambiance créée et un suspens soutenu (un peu artificiellement) en font un roman très intéressant.