23.01.2008
L’oreille interne de Robert Silverberg
David Selig est un raté. Quadragénaire discret, célibataire, il gagne péniblement sa vie en faisant le nègre pour des étudiants fainéants. "Ulysse, comme symbole de la société" ou "Les romans de Kafka" monnayés 3,5 la page. Pas la gloire.
SELIG avait pourtant tout pour réussir : un don miraculeux, un pouvoir que bien des humains jalouseraient : SELIG est télépathe.
Il entend tout ce qui se passe dans la tête des gens qui l’entourent. Depuis tout petit, il sait tout de nos mauvais jugements, de nos désirs honteux, de nos méchancetés secrètes...
Son don aurait pu être pour lui un atout extraordinaire. D’ailleurs, il en a profité quelques fois... mais cela lui a joué des tours. Et les scrupules l’ont rattrapés. David se considère comme un paria, un voyeur qui malgré lui regarde à l’intérieur de la tête de ses contemporains... Un monstre.
L’oreille interne (le titre original, Dying inside, évoque davantage l’évolution du personnage, tandis que le titre français exprime l’origine de son don) n’est pas un roman, comme on pourrait s’y attendre, de découverte d’un « pouvoir psy », c’est au contraire sa disparition et le changement de vie qui l’accompagne. David Selig a compris très tôt qu’il était différent, qu’il pouvait lire les pensées des autres ; cependant, il a toujours considéré cela comme une malédiction, car il a beau lire les pensées des autres, il ne peut pas communiquer par ce même biais avec les autres ; il se sent isolé, emprisonné par un pouvoir qui lui donne le sentiment de vivre avec une autre personne dans son cerveau. Selig s’interroge constamment sur la valeur de ce qu’il perçoit : les pensées entendues sont-elles le reflet de ce que la personne pense, une impression passagère, ou bien une appréhension déformée par un regard, une idée, un changement de perspective… Et son moral, sa vie sont à l’avenant ; son « travail » consiste à rédiger des copies pour étudiants, pas vraiment de vie, pas vraiment d’amis. Selig traverse la vie en observateur, curieux de la vie des autres, se reprochant sans cesse son pouvoir. Et puis un jour, il rencontre un semblable, mais qui a sur lui une incomparable qualité/avantage (dont Selig semble même jaloux) : il utilise sa télépathie comme un prédateur, naturellement, sans se poser de questions sur le bien et le mal, l’utilisant quand il en a besoin, sans en abuser, pour son propre intérêt.
Finalement, David est totalement dépassé par son don ; il cherche à comprendre les gens, à communiquer avec eux uniquement à travers ce prisme, tout en sachant l’impossibilité de cette communication.
Alors Selig observe sa décrépitude mentale, la diminution/disparition de son pouvoir, sa réapparition spontanée, mais temporaire, accumulant les détails, les changements. Et cheminant dans la vie, embarqué sur le chemin de la normalité, sans savoir quel sera son positionnement, son statut quand sa faculté l’aura abandonné.
Selig, tout au long du roman, s’interroge, se remet en question, remet son don en cause ; existe-t-il réellement, ou bien n’est-il que la somme des pensées des autres ? Et une fois que l’éponge que représente sa télépathie, que deviendra-t-il ?
SELIG avait pourtant tout pour réussir : un don miraculeux, un pouvoir que bien des humains jalouseraient : SELIG est télépathe.
Il entend tout ce qui se passe dans la tête des gens qui l’entourent. Depuis tout petit, il sait tout de nos mauvais jugements, de nos désirs honteux, de nos méchancetés secrètes...
Son don aurait pu être pour lui un atout extraordinaire. D’ailleurs, il en a profité quelques fois... mais cela lui a joué des tours. Et les scrupules l’ont rattrapés. David se considère comme un paria, un voyeur qui malgré lui regarde à l’intérieur de la tête de ses contemporains... Un monstre.
L’oreille interne (le titre original, Dying inside, évoque davantage l’évolution du personnage, tandis que le titre français exprime l’origine de son don) n’est pas un roman, comme on pourrait s’y attendre, de découverte d’un « pouvoir psy », c’est au contraire sa disparition et le changement de vie qui l’accompagne. David Selig a compris très tôt qu’il était différent, qu’il pouvait lire les pensées des autres ; cependant, il a toujours considéré cela comme une malédiction, car il a beau lire les pensées des autres, il ne peut pas communiquer par ce même biais avec les autres ; il se sent isolé, emprisonné par un pouvoir qui lui donne le sentiment de vivre avec une autre personne dans son cerveau. Selig s’interroge constamment sur la valeur de ce qu’il perçoit : les pensées entendues sont-elles le reflet de ce que la personne pense, une impression passagère, ou bien une appréhension déformée par un regard, une idée, un changement de perspective… Et son moral, sa vie sont à l’avenant ; son « travail » consiste à rédiger des copies pour étudiants, pas vraiment de vie, pas vraiment d’amis. Selig traverse la vie en observateur, curieux de la vie des autres, se reprochant sans cesse son pouvoir. Et puis un jour, il rencontre un semblable, mais qui a sur lui une incomparable qualité/avantage (dont Selig semble même jaloux) : il utilise sa télépathie comme un prédateur, naturellement, sans se poser de questions sur le bien et le mal, l’utilisant quand il en a besoin, sans en abuser, pour son propre intérêt.
Finalement, David est totalement dépassé par son don ; il cherche à comprendre les gens, à communiquer avec eux uniquement à travers ce prisme, tout en sachant l’impossibilité de cette communication.
Alors Selig observe sa décrépitude mentale, la diminution/disparition de son pouvoir, sa réapparition spontanée, mais temporaire, accumulant les détails, les changements. Et cheminant dans la vie, embarqué sur le chemin de la normalité, sans savoir quel sera son positionnement, son statut quand sa faculté l’aura abandonné.
Selig, tout au long du roman, s’interroge, se remet en question, remet son don en cause ; existe-t-il réellement, ou bien n’est-il que la somme des pensées des autres ? Et une fois que l’éponge que représente sa télépathie, que deviendra-t-il ?
19:05 Publié dans Livre, science-fiction | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : oreille interne, silverberg, sf, critique, télépathie

