14.05.2008
Coalescence de Stephen BAXTER
Parallèlement, on découvre la vie de Regina, jeune Romaine que la famille de Poole revendique comme son plus ancien ancêtre connu, qui assiste impuissante depuis sa Bretagne natale à l’effondrement de l’empire romain.
Et voilà. On pouvait s’attendre, avec Baxter, à un roman plein d’imagination, dix idées à la page, du voyage et de l’émerveillement. Pour la partie voyage, on n’est pas déçu. Pour le reste, c’est beaucoup plus léger ; l’ensemble est très classique, et malgré l’indéniable talent de conteur de l’auteur, on s’ennuie ferme. Oui, il y a des liens entre les histoires ; oui, l’ordre perdure et vise à sa propre survie ; oui, il y aura des rebondissements ; oui, il y a une inspiration biologique et une explication théorique de la chose vers la fin, quand on est presque endormi. La partie historique est intéressante, les relations entre les personnages bien étudiées – quelle que soit l’époque – mais on s’ennuie (je l’ai déjà dit, non ?). Titre initiateur d’une trilogie, la suite pourrait pourtant se révéler beaucoup plus intéressante, de part l’ouverture finale de ce premier roman. A suivre donc…
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17.04.2008
Artefact par Maurice G. Dantec
La démarche de l’écrivain Dantec est très intéressante ; du moins, elle a toujours trouvé grâce à mes yeux ; ses romans les plus abscons sont passionnants, car il y a toujours une recherche sur le langage, la narration et son rapport au monde. Les conséquences en étaient une maladresse certaine, une lourdeur parfois abyssale, un risque constant de larguer ses lecteurs les moins patients. Ici, Dantec semble avoir retenu la leçon ; problème, il tombe dans l’excès inverse, s’adresse à des enfants et leur répète 15 fois la même chose. Sans compter quelques points « surprenants » : les 2 personnagees (un extra-terrestre, dans la peau d’humains depuis 1000 ans) et une petite fille s’expriment de la même manière. Sans compter que l’ET en question disposait d’un super-méga-système (non non, pas de méta ici) qui lui permet de tout voir dans le passé et le futur, mais sans connaître « tous les détails qui se rattachent à lui-même » - une sorte d’angle mort. Mais sans avoir vu ce qui allait se passer par la suite – bref, une construction narrative bancale. On pourra toujours justifier ça en arguant de la culture SF de l’auteur, d’une envie de jouer avec les conventions… Mouaif. Pour moi, ça plombe un peu la cohérence de l’univers créé.
Encore une fois, je n’ai lu que le quart de l’ouvrage. Pas plus. Largué par un ennui profond, ce (bout de) livre a pour moi été une déception. Peut-être la fin relève-t-elle le niveau ?
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03.03.2008
La cinquième tête de Cerbère de Gene WOLFE
Trois histoires content la vie d’une planète lointaine – et pourtant si proche. Trois textes pour explorer l’existence possible d’aborigènes sur une planète depuis longtemps colonisée.
Le premier, bien que fort prévisible, place un enfant au cœur de sa famille, dans une relation aux autres fort inhabituelle. Bien sûr, on se doute très rapidement de ce qu’il en ait ; cependant, les motivations sont intéressantes, et les personnages suffisamment subtils pour rester accroché. Des expériences génétiques qui ont pout but de mieux se connaître soi ; en créant une copie de soi-même, en l’élevant systématiquement dans les mêmes conditions, le Moi se révèlera-t-il ? Et qui est ce mystérieux visiteur, intéressé par les théories sur les aborigènes ?
Le second texte remonte dans le passé de la planète, à l’époque où la présence des aborignèes était indéniable, et les confronte aux humains. Quelles relations pourront s’établir entre les deux espèces, récit évoquant la disparition de Néanderthal au profit d’homo sapiens ?
Le troisième texte raconte l’aventure du Dr Marsh, croisé dans la première histoire, et enquêtant sur le mythe – ou la réalité – des aborigènes et se retrouvant piégé, emprisonné par une administration… toute kafkaïenne (et même française, puisque les colonisateurs sont de cette origine).
Ces aborigènes ont-ils réellement existé ? La légende prétend qu’avant l’arrivée des colons, ils étaient polymorphes ; l’arrivée de l’homme les aurait « transformés », et ils seraient devenus semblables physiquement aux seconds, perdant ainsi leurs spécificités. Aucune trace, aucun fossile ne perdure sur la planète. La question perdure, au-delà de la lecture du roman : qui suis-jet, qui est l’autre ? Qu’est-ce qui nous différencie, et qu’est-ce qui nous rapproche ? Écrit dans un style impeccable, le roman s’attarde sur l'ethnologie, science peu abordée en science-fiction et la colonisation et ses conséquences. Chacun des trois textes donne des pistes pour entrevoir un bout de vérité ; cependant, c’est finalement au lecteur qu’il revient de décider, le roman restant ouvert, ne fermant pas les interprétations possibles.
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26.02.2008
Pollen de Jeff Noon
Noon reprend l’univers qu’il a développé dans « Vurt », mais avec d’autres personnages – ceux créés dans le premier livre appartiennent désormais à la mythologie. Le Vurt est un univers fantasmagorique, le domaine du rêve, où toutes sortes de choses se déroulent, bonnes ou mauvaises (comme un jeu vidéo, Matrix, un monde virtuel…). Un univers où tout le monde veut se rendre, mais auquel on n’accéde que par le biais de plumes, drogues plus ou moins légales. Il s’agit d’un environnement virtuel ; quand on est dedans, on ne sait pas le distinguer du réel ; et quand on est à l’extérieur, on ne peut le distinguer. Le Vurt est un espèce de « machin », que personne ne semble comprendre précisément, et qui, parfois, absorbe des gens, des objets, pour en recracher d’autres afin de respecter une forme d’équilibre entre les 2 mondes.
Ici les personnages principaux disparaissent pour mieux revenir, se dissimulent pour mieux se mettre en évidence. Noon réalise un superbe travail d’imagination, très bien rendu par la traduction (bien que parfois maladroite, et régulièrement « encoquillée »). Enquête policière, descriptif d’une ville en pleine transformation, onirisme, naissance d’un nouveau monde, imaginaire créateur, l’auteur mélange les genres pour aboutir à… ça. Ça, c’est une espèce de machin passionnant, qui, malgré des rebondissements parfois attendus, entraine le lecteur toujours un peu plus loin, repoussant les limites de son imagination, jouant avec ses certitudes. Seule – légère – déception, une fin un peu facile, recyclant les mythes grecs, sans aller véritablement plus loin, alors que le reste du roman préparait un final grandiose, même si le style reste toujours percutant, subtile et drôle. Et qui fait se gratter le nez.
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13.02.2008
Radieux de Greg Egan
Après l’excellent recueil « Axiomatique », une autre série de nouvelles de Egan est traduite, 10 ans après la parution des versions originales.
La première adresse tout d’abord une forêt génétiquement modifiée, s’adaptant extrêmement vite à toute nouveauté, protégeant ses propres intérêts et ceux qui y vivent. Créée originellement par des cartels de la drogue, ceux-ci se sont rapidement vus débordés par leur invention, qui a pris son « autonomie » pour évoluer par elle-même. Enfin, on aboutit à un questionnement sur l’identité, puisque certaines drogues ont des effets sur le cerveau, sur la perception des autres et de soi.
L’Eve mitochondriale couvre un sujet d’actualité : la recherche des origines, et l’utilisation de l’ADN pour l’identification. Le développement des personnages est particulièrement intéressant ; le scientifique qui est ici au cœur de l’action n’est pas vraiment intéressé par ce qu’il fait ; simplement, il ne veut pas se fâcher avec sa compagne, se trouve toujours des excuses pour continuer son action, se persuadant que les conséquences de son travail ne seront pas importantes.
Des raisons d’être heureux : un cancer provoque également, chez un enfant, une trop forte émission de protéines dans le cerveau, déclenchant un bien-être perpétuel. Quand la maladie est supprimée, son cerveau se retrouve nécrosée, sans aucun sentiment, proche d’un électroencéphalogramme plat. Presque 20 ans plus tard, une opération lui permet de retourner à un état quasi-normal (financement aidé, cyniquement, par la compagnie d’assurances, enthousiasmée par l’idée d’avoir un client de moins) tout en sélectionnant les états qui lui procure du plaisir. Tout ne dépendrait donc que de la connectique établie dans le cerveau… mais même si les connexions dépendent de choix (plus ou moins) conscients, demeure toujours une part dont l’origine est indéterminée.
La nouvelle « la plongée de Planck » m’a laissé perplexe ; le niveau demandé en physique des trous noirs et autres physiques quantiques pour comprendre ce texte est trop élevé pour moi, malheureusement. Pourtant l’idée est séduisante : une équipe est envoyée à proximité d’un trou noir pour explorer l’univers et ses constantes, obtenir des réponses aux questions fondamentales de la physique. Le temps s’y déroule beaucoup plus lentement que sur terre, qui ne semble plus si intéressée par les résultats potentiels. Mais au-delà de la dimension scientifique, Egan a sans doute voulu placer le lecteur dans la position de l’un des personnages, qui souhaite exprimer la quête de ces scientifiques en « langage » mythologique, déformant toute réalité pour la rendre prétendumment plus accessible. Le lecteur, tout comme ce pseudo-barde, ne comprend pas grand-chose au texte, et essaie tant bien que mal de l’interpréter ; que se passerait-il s’il devait raconter ce qu’il a vu/vécu ? La solution la plus simple semble la métaphore, l’utilisation des mythes… qui fera hurler les scientifiques. Finalement, s’il on veut comprendre ce qui se passe ici, il faut faire suer et chercher de l’info ailleurs (ce que je n’ai pas fait).
Sans tout détailler, Egan présente ici des textes brillants (il ne manque qu’une intro ou postface de l’auteur à chaque texte, ç’aurait été intéressant), présentant des réflexions assez poussées sur des thèmes divers : l’identité (qui suis-je ?), le libre arbitre, les théories de l’information et la mémétique, l’utilisation et l’impact des technologies. Il utilise souvent les technologies pour interroger l’homme : n’est-il que la somme de ses cellules ? Est-il libre de ses choix ? L’auteur va donc bien au-delà d’un certain nombre de romans SF, décrivant des technologies futures, des mondes possibles. Il pose la question de l’origine elle-même de la question, du siège, de l’origine de la conscience, mais aussi de son fonctionnement : si tout « tourne » chimiquement, la notion de libre arbitre a-t-elle une quelconque signification ? Chaque sentiment, chaque réaction, chaque décision est donc soupesée et prise sous ce prisme bien spécifique ; cela n’empêche en rien les questionnements de demeurer dans le cerveau humain, cela ne stoppe pas l’homme d’avoir des attentes, des envies. Et en cela, Egan conclut ses nouvelles par une dose d’espoir, parce que finalement, par moments, peu importe le processus, seul le résultat compte. L’auteur arrive donc chaque fois à jouer d’une corde sensible, dévoilant de subtiles mélodies psychologique (ça sonne bien hein ?) à travers le (la) physique. Car ses protagonistes ont beau subir toutes les désillusions sur eux-mêmes, leur libre-arbitre, leur volonté et capacité à prendre des décisions, l’auteur a beau montrer un pessimisme généralisé, au final, il demeure toujours une touche, parfois très mince, d’espoir – espoir au niveau individuel, puisqu’au niveau sociétal, l’auteur ne montre aucune illusion.
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04.02.2008
L’homme stochastique par Robert Silverberg
Mais voici que surgit de l'ombre Carjaval, l'homme qui sait tout de l'avenir, même l'heure de sa mort. Il propose à Nichols de lui transmettre son savoir. Pour Nichols, ce serait la toute-puissance, et pourtant il hésite. Face à un futur sans alternative, sans libre arbitre, il est saisi de vertige et de terreur.
On trouve ici la confrontation de 2 visions du futur : l’une probabiliste, l’autre déterministe. La première nous parait la plus naturelle aujourd’hui, et correspond à celle du narrateur ; il imagine des scénarios à partir des tendances qu’il observe, d’évènements apparemment non liés mais qui pourraient se révéler être liés, extrapole, suppute, ose à partir de ce qu’il observe ; il ne peut que construire des probabilités d’apparitions des phénomènes futures, tendant à réduire le hasard au minimum ; il ne peut cependant pas prévoir l’imprévoyable, l’inattendu, et n’a pas connaissance de tous les faits.
Le second, lui, n’observe pas le monde de la même manière ; il « reçoit », capte le présent et l’avenir sur le même plan, selon un schéma rigide et déterminé. D’après son expérience, il n’y a que des faits, y compris dans l’avenir, et quoi qu’il ait pu tenter pour modifier le futur, il a toujours échoué. Il connaît donc ce qui va advenir dans le plus petit détail, mais a complètement abdiqué sa volonté à celui-ci, puisqu’il n’a plus aucun libre arbitre – chacune de ses « décisions », il l’a déjà « prise » dans un autre présent.
Ces deux hommes vont donc soutenir un homme politique charismatique dans sa montée vers les sommets, l’un pour goûter un peu plus le pouvoir, l’auret parce que cela appartient au schéma qu’il observe.
Très proche de « l’oreille interne », par la manière de traiter un thème similaire, l’homme stochastique s’en éloigne pourtant ; il n’est pas ici uniquement question des doutes d’un homme, mais de l’appréhension de l’avenir dans notre société occidentale. Evidemment, la trajectoire « politique » des personnages n’est là que pour montrer l’importance des décisions relatives à l’avenir (la même chose avec le personnage de l’oreille interne n’aurait pas donné le même résultat), et à aucun moment, les idées de Quinn, le politicien charismatique, ne sont exprimées – d’où les appréhensions, par la suite, de son futur statut de dictateur – et l’auteur n’insistera pas sur ce point.
Ainsi, le déterminisme et les statistiques s’opposent ; puisque rien ne peut être fait contre l’avenir, il est forcément déterminé. Aussi Nichols cherchera une échappatoire, tout en s’accomodant de visions qui se répéteront tout au long de sa vie. Tandis que l’un a renoncé à son libre arbitre (du moins, il a autrefois essayé de modifier ses visions, sans aucun succès ; c’est pourquoi il considère qu’il n’y a aucune liberté), l’autre cherche à modifier les choses ; si ce n’est pas de lui-même, ce sera par d’autres.
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02.02.2008
Cosmos Incorporated par Maurice G. Dantec
2057. Sergueï Diego Plotkine, le personnage principal, se rend à Grande Jonction pour tuer le Maire de cette ville. Plotkine n’a pas de mémoire, ou plutôt celle-ci paraît se réassembler à mesure que le tueur passe les examens ultratechnologiques de la Métastructure de Contrôle. Cette fraction Nord-américaine de l’Occident – l’Europe est désormais islamiste – est régie par les lois de l’UMHU, l’UniMonde Humain. Plotkine, pour préparer son forfait, reçoit l’aide d’El Señor Métatron, intelligence artificielle de sécurité extrêmement perfectionnée.
Roman profond et puissant, difficile à suivre, mais à l'écriture dynamique et vivante. De nombreuses références s'y télescopent, tant dans la narration que dans le style, ou même l'emploi de certaines expressions. Se basant sur la science-fiction, Dantec va au-delà du genre, l’utilisant pour continuer son questionnement sur la place de l’homme et sa conversion à Dieu, sur le rôle de la fiction et de la réalité, sur les devoirs liés à la liberté de Créateur (et non uniquement les droits, ces devoirs étant particulièrement lourds), liberté chèrement acquise. Dantec joue avec la lumière de son écriture pour révéler, mais aussi pour chercher les ténèbres qui s'y cachent. C'est pourquoi il dévoile beaucoup, prend le temps d'expliquer, tout en usant d'un vocabulaire parfois difficile (dont les références sont théologiques, de la Kabbale au tsimtsoum en passant par les Évangiles), c'est pourquoi il révèle et dissimule, pour mieux mettre son propos en évidence, suivant l'exemple de Philip K. Dick.Par moments, son écriture est quasi « automatique », machinique, usant, de cette manière, des armes de l'adversaire (à savoir la Machine, l'Unimonde Humain). Beaucoup de références à la littérature, à la philosophie, au rock des années 70 et 80, aux personnages de fiction, à la théologie catholique, ainsi que des auto-références (voir ses Théâtres des opérations), participant ainsi activement aux processus qu'il décrit. La métafiction, la réécriture du Monde décrites ici sont précisément illustrées tout au long du livre, Dantec ne se contentant pas de présenter un roman (si l'on peut considérer son ouvrage comme un roman, et non pas comme un objet littéraire difficilement identifiable), une thèse qu'il démontre, il utilise cette thèse et l'illustre au travers de son écriture, au travers de son processus narratif, évoluant, obligeant le lecteur à le suivre de manière active.Autre influence non négligeable que Dantec cite à plusieurs reprises, « Nous fils d’Eichmann » de Gunther Anders. Celui-ci a entrepris d’écrire au fils d’Eichmann pour échanger (sans succès) sur les horreurs perpétrées par son père, et comment la technique a « permis » d’aboutir à Auschwitz, par la machinisation du monde, à la certitude de la répétition du monstrueux. Cette machinisation, symbolisée par un enfant-machine, point central et pourtant nœud du réseau global de la Machine et des réseaux terrestres, est donc combattue par Plotkine, qui fera tout pour éviter son avènement, décrivant l’affrontement d’une figure christique et de son double négatif, ou plutôt l’affrontement de ce qu’ils représentent. Dantec a également réussi des descriptions des lieux, de l’environnement, faisant sans cesse référence à la technique, mais également aux camps, d’un monde déliquescent, en état de décrépitude avancée.
Cosmos Inc. est donc une véritable profession de foi catholique, où les personnages n'existent, finalement, que par leur croyance en un au-delà, reconnaissant la « petitesse », d'une certaine manière, de l'homme, réduit à la technique, et donc d'autant plus éloigné de la spiritualité. Cette profession de foi passe par le baptême, la reconnaissance de la présence de Dieu, ce que feront les personnages. Elle passe également par la reconnaissance du fait que l’homme a un Créateur, est une créature, qui ne pourra elle-même créée qu’en accédant au Très-Haut.
Son écriture, son style m'ont paru moins lourds que dans son roman précédent; non pas cyberpunk, mais d'une certaine manière post-cyberpunk, dans le sens où il ne se « contente » pas d'utiliser le vocabulaire informatique et celui des réseaux informationnels, mais prend en compte les données récentes de la biologie, de la physique quantique, pour écrire, décrire, comparer, allant au-delà du cyberpunk.
Par contre, Dantec use de tics d'écriture, répétant trop régulièrement les mêmes idées à court intervalle – même si cela est parfois difficile à comprendre, il n'est pas forcément utile de se reprendre aussi systématiquement. Mais cela crée un mouvement dans la lecture, un peu comme des vagues se recouvrant les unes les autres, ou des plis se positionnant les uns par dessus les autres, apportant chaque fois un peu plus d'informations, tout en conservant une certaine transparence sur ce qui précède. Il y a donc beaucoup à dire sur ce roman, ses qualités et ses défauts.
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30.01.2008
Maître de l’espace et du temps de Rudy Rucker
Rudy Rucker déborde d’imagination ; forcément, ses textes rappellent Frederic Brown et son Martian, go home !, avec son humour, son urgence, son grain de folie. Mais la comparaison s’arrête là, chacun disposant ses idées à sa manière. Deux pseudo-scientifiques un peu tordus, ratés sur les bords, ont fabriqués à plusieurs reprises de géniales inventions ; mais ils n’ont pas fait fortune, ayant systématiquent oublié comment construire la machine en question. Vint un jour où ils fabriquent le « blonzeur », machine permettant de se rendre maître de l’espace et du temps, machine permettant d’exaucer ses vœux (et comme dans les contes traditionnels, chaque médaille a son revers) ; là débutera un long voyage (initiatique pour les personnages, mais aussi pour le lecteur), d’abord dans une autre dimension (dimension miroir), mais aussi à travers le monde et les ennuis. Non contents d’avoir à peu près réalisés leurs vœux, ils vont devoir en payer les conséquences, de manière plutôt désagréables. Et, à la manière des contes des mille et une nuits, l’histoire va s’enfermer dans l’histoire, à force de chercher un moyen d’annuler la séquence initiale – faire disparaître les vœux.
Le rythme ne faiblit pas, Rucker fait preuve d’inventivité à presque chaque page, et les relations entre les personnages sont intéressantes – élément primordial pour accrocher à la lecture. Et puis, de ci de là, Rucker joue avec les dimensions, nous fait entrevoir des espaces à plus de 4 dimensions, étire le temps et se joue des paradoxes temporels.
Rudy Rucker est connu – c’est comme ça que je l’ai découvert – pour ses essais mathématiques, entre autres « la 4ème dimension » qui détaille longuement ce qu’est cette fameuse 4ème dimension, dans un ouvrage très clair et de grande qualité.
La longue nouvelle « Le Secret de la vie » se penche ensuite sur le pourquoi du comment de l’existence. Conrad, depuis tout petit, est persuadé d’être un extra-terrestre, envoyé sur terre pour découvrir le secret de la vie ; il dispose de pouvoirs extraordinaires, mais qui ne peuvent être utilisés qu’en cas de danger de mort. Rucker part dans de longues tirades, décrivant les états d’esprit de son héros, son cheminement de pensée et le regard de ses amis et proches. Les citations de Sartre en exergue montrent la voie empruntée par l’auteur, parfois un peu longue, mais pour aboutir à une décision fort humaine sur « le secret de la vie ».
Les autres nouvelles ne sont pas toutes passionnantes, mais font tout de même la part belle à l’humour et la réflexion.
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23.01.2008
L’oreille interne de Robert Silverberg
SELIG avait pourtant tout pour réussir : un don miraculeux, un pouvoir que bien des humains jalouseraient : SELIG est télépathe.
Il entend tout ce qui se passe dans la tête des gens qui l’entourent. Depuis tout petit, il sait tout de nos mauvais jugements, de nos désirs honteux, de nos méchancetés secrètes...
Son don aurait pu être pour lui un atout extraordinaire. D’ailleurs, il en a profité quelques fois... mais cela lui a joué des tours. Et les scrupules l’ont rattrapés. David se considère comme un paria, un voyeur qui malgré lui regarde à l’intérieur de la tête de ses contemporains... Un monstre.
L’oreille interne (le titre original, Dying inside, évoque davantage l’évolution du personnage, tandis que le titre français exprime l’origine de son don) n’est pas un roman, comme on pourrait s’y attendre, de découverte d’un « pouvoir psy », c’est au contraire sa disparition et le changement de vie qui l’accompagne. David Selig a compris très tôt qu’il était différent, qu’il pouvait lire les pensées des autres ; cependant, il a toujours considéré cela comme une malédiction, car il a beau lire les pensées des autres, il ne peut pas communiquer par ce même biais avec les autres ; il se sent isolé, emprisonné par un pouvoir qui lui donne le sentiment de vivre avec une autre personne dans son cerveau. Selig s’interroge constamment sur la valeur de ce qu’il perçoit : les pensées entendues sont-elles le reflet de ce que la personne pense, une impression passagère, ou bien une appréhension déformée par un regard, une idée, un changement de perspective… Et son moral, sa vie sont à l’avenant ; son « travail » consiste à rédiger des copies pour étudiants, pas vraiment de vie, pas vraiment d’amis. Selig traverse la vie en observateur, curieux de la vie des autres, se reprochant sans cesse son pouvoir. Et puis un jour, il rencontre un semblable, mais qui a sur lui une incomparable qualité/avantage (dont Selig semble même jaloux) : il utilise sa télépathie comme un prédateur, naturellement, sans se poser de questions sur le bien et le mal, l’utilisant quand il en a besoin, sans en abuser, pour son propre intérêt.
Finalement, David est totalement dépassé par son don ; il cherche à comprendre les gens, à communiquer avec eux uniquement à travers ce prisme, tout en sachant l’impossibilité de cette communication.
Alors Selig observe sa décrépitude mentale, la diminution/disparition de son pouvoir, sa réapparition spontanée, mais temporaire, accumulant les détails, les changements. Et cheminant dans la vie, embarqué sur le chemin de la normalité, sans savoir quel sera son positionnement, son statut quand sa faculté l’aura abandonné.
Selig, tout au long du roman, s’interroge, se remet en question, remet son don en cause ; existe-t-il réellement, ou bien n’est-il que la somme des pensées des autres ? Et une fois que l’éponge que représente sa télépathie, que deviendra-t-il ?
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23.12.2007
Le maître du Haut Château par Philip K. Dick
En 1947 avait eu lieu la capitulation des alliés devant les forces de l'axe. Cependant que Hitler avait imposé la tyrannie nazie â l'est des Etats-Unis, l'ouest avait été attribué aux japonais.
Quelques années plus tard la vie avait repris son cours normal dans la zone occupée par les nippons. Ils avaient apporté avec eux l'usage du Yi-King, le livre des transformations du célèbre oracle chinoisa dont l'origine se perd dans la nuit des temps. Pourtant, dans cette nouvelle civilisation une rumeur étrange vint â circuler. Un homme vivant dans un haut château, un écrivain de science-fiction, aurait écrit un ouvrage racontant la victoire des alliés en 1945...
« Nous sommes absurdes, parce que nous vivons d’après un livre vieux de cinq milles ans. Nous lui posons des questions comme s’il était vivant. Il est vivant. Comme la Bible des Chrétiens ; bien des livres sont réellement vivants. Et non pas pour parler par métaphores. L’esprit les anime. »
Le Maître du Haut château est donc une uchronie où l’Allemagne nazie a gagné la 2nd Guerre Mondiale, soutenue par le Japon. L’histoire se déroule dans une Amérique où la culture japonaise s’est installée (ô ironie) et où tout objet « culturel » d’origine américaine est objet de collection. Les Usa semblent eux-mêmes devenus un collector pour amateur averti. Des intrigues se nouent pour essayer de modifier les rapports de force au sein du IIIè Reich. L’empire voulu par Hitler s’est donc répandu sur Terre, et même dans l’espace, colonisant Mars, se préparant à aller plus loin. L’intrigue se déroule aux Etats-Unis et suit plusieurs personnages, très différents.
Le Yi-King (plus de détails), art âgé de 5000 ans, il sert à donner des pistes sur l'état actuel du monde et ses évolutions possibles, jouant le rôle d'un oracle qu'on consulte avant de prendre une décision sur une question difficile (voir wiki). Et le Yi-king tient ici une place centrale, davantage même que les guerres ou les individus. Il est le centre de toute décision, le passage obligé de la réflexion de chacun des personnages, le guidant dans ses choix, guidant la réalité à travers les multiples possibles. Et c’est tout l’art de Dick de montrer/démontrer cela tout au long de son ouvrage.
Le Maître du Haut Château n’est finalement qu’un « banal » écrivain et n’est la source d’aucune révolution. Par contre, dès que les personnages se rapprochent de lui, lisent son œuvre, ils semblent d’un coup plus réels, pesant davantage de poids. Idem pour les citoyens japonais quand ils consultent le Yi-king, outil indispensable jamais remis en cause. Et finalement, c’est grâce à cette culture en voie de disparition (i.e. américaine) qu’un japonais, par l’appréhension d’un objet nouveau de ladite culture, va mieux comprendre la structure universelle. Et découvrir que le monde peut n’être qu’une gigantesque illusion.
Qui, de l’homme ou du Yi-King, a raison ? Aucun des deux, semble dire K. Dick. Chacun perçoit/présente une réalité, et à partir de là, s’y conforte ; au sein des multitudes de futurs possibles, de réalités potentielles, des choix sont faits ; mais d’autres sont toujours visibles, et un basculement paraît toujours possible…
11:00 Publié dans Livre, science-fiction | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : maitre du haut chateau, dick, sf, critique, yi-king, guerre, uchronie

