06.09.2007
La horde du contre-vent de Alain Damasio
[Le site web apporte un superbe complément visuel au roman.]
La Horde du Contre-vent est un groupe de 23 personnes, dont le but est de remonter jusqu’à l’Extrême-Amont, jusqu’à l’origine du vent, l’origine de l’homme.
Le vent donc. Le vent, qui se boucle, effectue des allers-retours, des sauts, engendre des cassures et fracture, joue différents rythmes, partitions, prend les tangentielles; métaphore de tous les possibles, en particulier du temps, qui n'est pas une ligne droite, qui emprunte les chemins de traverse pour atteindre la limite, lointaine.
Alain Damasio invente là un monde passionnant, un univers existant en soi, crédible, doté du poids de ses mots, de la chaleur de ses personnages. 23 hommes et femmes donc, tous différents, chacun avec ses spécificités, son caractère, ses compétences et ses croyances.
Damasio fait plus que raconter une histoire, il fait respirer son roman, la vie coule à flot à travers ses pages. Chacun est suivi pour un paragraphe, pour quelques pages, et les points de vue virevoltent, se passent le relais, signe d’un travail de titan de la part de l’auteur. Mais cela apporte une dynamique considérable au récit, initialement troublante, puis particulièrement passionnante, puisqu’il permet de vivre une scène à travers différents regards. Enfin, Damasio n’a pas fait que creuser ses héros ; il a créé une horde, un groupe compact, dont les interactions sont patiemment expliquées, dont les intrications se poursuivent jour après jour, détaillant ces interrelations, créant le lien entre ses hommes éduqués, créés pour affronter le vif, pour se dépasser, finalement partager leur savoir chacun chèrement acquis pour avancer.
Une fois le livre fermé, ces héros, de chair et de sang, vont habiteront encore un peu. Et à l’occasion, votre attention sera attirée par le mouvement des arbres, par la force du vent. Alors, vous saurez.
15:10 Publié dans Livre, science-fiction | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : horde, vent, damasio, science-fiction
03.09.2007
Evolution de Stephen Baxter
Purga est un purgatorius, l'un des tout premiers mammifères, et l'ancêtre de l'humanité. Elle vit la nuit, et sa principale occupation consiste à trouver de la nourriture pour elle et ses petits. Elle aurait pu poursuivre ainsi son existence, mais la chute d'un météore va tout bouleverser. L'écosystème subit de gigantesques mutations, les dinosaures s'éteignent, et la longue marche vers ce qui, un jour, deviendra l'homme peut commencer... D'où venons-nous ? Où allons-nous ? En descendant, branche après branche, l'arbre généalogique de l'humanité, Stephen Baxter tente de restituer de la manière la plus exacte possible, et non sans humour, le quotidien de nos ancêtres, et d'imaginer ce que pourrait être celui de nos descendants, cinq cents millions d'années après notre ère.
L'auteur nous entraîne dans un passionnant panorama de l'histoire de l'évolution de l'humanité, de l'apparition du premier mammifère, qui mènera au lointain homo sapiens, à son futur et tout aussi lointain descendant.
Le moteur de cette évolution? L'adaptation ; adaptation de l'animal à son milieu, adaptation des gènes, la sélection naturelle chère à Darwin et Dawkins. Et Baxter présente tout le processus qui mène à l'homme actuel, les premiers mammifères, la disparition des dinosaures suite à la chute d'une météorite (et ses conséquences dévastatrices pour la majorité des espèces animales et végétales), l'utilisation des outils, l'apparition de la conscience, de la conscience de soi, de l'autre, des croyances, la nécessité des relations sociales etc. Pour arriver à notre époque quasi charnière, et la prolonger très loin.
Le tout écrit de manière très agréable, chaque époque faisant le lien avec les précédentes, chaque brin d'histoire étant lié à un ensemble, s'imbriquant dans l'histoire globale. Puis l'auteur nous amène à l'époque actuelle, pour nous resituer dans l'évolution, et part ensuite jusqu'à quelques millions d'années de notre ère, à une époque où l'homme a disparu. Pour enfin atteindre la fin de notre système solaire, l'explosion de notre soleil et de la terre. L'histoire est donc une suite d'évolutions (ou bien, tel que l'avance le titre, une seule évolution?), dues à la sélection naturelle, aux catastrophes (naturelles), à l'environnement. Et le poids de l'homme sur l'histoire de la vie, sur plusieurs milliards d'années, n'est que relativement faible. La vie gagne toujours, l'homme n'est qu'une voie, une forme biologique parmi d'autres.
Cette macrohistoire permet également de relativiser la position de l'homme, son passé, son avenir, au regard d'une histoire beaucoup plus grande que lui, qui durera encore bien après sa disparition.
21:00 Publié dans Livre, science-fiction | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : evolution, baxter, sf, science-fiction, critique, humanité
27.08.2007
Minuscules flocons de neige depuis dix minutes de David Calvo
David Calvo signe ici un magnifique ouvrage, un roman lançant ouvertement ses filets vers Ubik ; la multiplicité des réalités, la position de chacun vis-à-vis du réel et son devenir y sont, dans les deux cas, des questions centrales. Mais Calvo utilise une figure particulièrement poétique pour lancer l’intrigue, celle de flocons de neige, qui peuvent également être vus comme des pixels.
Un journaliste français est envoyé à Los Angeles pour rencontrer un programmeur, Dillinger, d’une société de renom et pourtant inconnue, Vectracom, qui pourtant ne se montrera pas. Sur une convention sur les jeux vidéo, il va pourtant rencontrer d’autres personnes susceptibles de l’aider à avancer. Et il se retrouvera à enquêter sur Disney et son univers, sur les jeux vidéo, la place de Godzilla et de ses congénères face aux hommes. Et puis évidemment, il y a la Grille, ou Matrice, si l’on fait une autre référence – naturelle, et pourtant plus subtile qu’elle n’y parait, Calvo n’assure en rien qu’elle existe, qu’elle se superpose à une autre forme de réalité, d’ailleurs, il ne départage pas : s’il y a un simulacre de ce qui peut paraître réel, il n’est pas « dénoncé », seulement montré, il n’y a pas d’échelle de valeur invoquée, court-circuitant toute notion morale sur le sujet. La Grille donc, comme carte du réel, comme support du monde. Comme K. Dick, il interroge sur la façon dont la réalité doit être perçue, intégrée, sur le glissement du réel. Est-elle le support de l’identité ? C’est ce que semble se demander le journaliste tout au long du livre, courrant après son ombre, son double, le récréant même pour tenter de l’amener à la vie – ne comprenant que tardivement ce qu’il est « réellement » - rejoignant là aussi des thèmes chers à Maurice Dantec. Où s’arrête le corps, le monde, et où commence la simulation ? Qui administre cette dernière ? L’enquête sur les dessins animés et le monde de Disney, l’environnement qui semble corrompu, différent, et puis ces micro évènements qui se déroulent toujours au coin de l’œil, jamais en pleine lumière, contribuent au déploiement d’une ambiance, mais aussi d’une recherche sur le positionnement de la réalité et tout à la fois son affirmation.
Enfin, Calvo a un autre point commun avec de grands auteurs : il se met à nu, balançant ses tripes, son sang et tout ce qui passe dans son bouquin, lui donnant la force et la consistance que beaucoup de pseudo auteurs confirmés aimeraient un jour approcher, forçant le lecteur – agrippé par les yeux, par le cerveau – à l’accompagner dans les souffrances endurées par ses personnages, y jetant toute l’énergie nécessaire et au-delà.
22:35 Publié dans Livre, science-fiction | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : calvo, critique, sf, science-fiction, multimedia, dick

