16.04.2008

Le tunnel de Ernesto Sabato

Juan Pablo Castel est artiste peintre et meurtrier. C'est son histoire qu'il va dépeindre depuis sa cellule. Un autoportrait tout en taches sombres, bardé par endroit de couleurs violentes, d'éclairs de lucidité, que ni sa conscience ni les faits ne peuvent contenir. Dès le départ, Juan Pablo Castel nous dévoile qu’il est l'assassin de la femme qu'il continue à aimer.

Où l’on suit la lente et inexorable progression d’un homme, le chemin/tunnel qui le mène jusqu’à l’assassinat de celle qu’il l’aime – ou prétend aimer – tout de moins de celle qui lui semble la seule à avoir compris sa peinture (position dont il n’obtiendra jamais confirmation, se serait-il fourvoyer ?). et l’on suit cet homme dans ses réflexions, ses doutes, ses questionnements permanents, son comportement erratique ; mais aussi les hésitations de la femme qu’il aime, son « positionnement » toujours sur le fil du rasoir, les personnages dansant un tango lointain, semblant regarder l’autre sans le voir. Et vivants chacun dans un long tunnel, sans croisement, sans parallélisme, mais avec l’espoir d’un embranchement commun… Roman court, fort et direct, Le tunnel tente de nous emmener dans les pensées d’un homme obsédé, qui a assassiné celle qu’il aimait, et a conscience que son crime était la seule issue possible, pour lui comme pour elle. Ainsi, on peut être écoeuré par le comportement de cet homme, par les réactions – ou leur absence – de cette femme, surpris par sa volonté constante de trouver quelqu’un qui le comprendra, lui ou sa peinture, ave ses forces et ses bassesses. Mais au final, qui assassine qui ? Qui est au bout du tunnel ? Finalement, on suit les carnets d’un malade, pas forcément parfaitement conscient de sa névrose, dans ses ruminations, dans les méandres de discussions sans fin, inutiles parce que perverties avant même d’être entamées. On ne saura rien de cette femme, mais tout de l’obsession de l’homme ; sans doute tente-t-il, sous une forme similaire à celle qu’il utilise dans sa peinture –l’important est caché dans un détail, quand l’essentiel de la peinture n’est là que pour tromper l’attention – tenter de nous faire rentrer dans son monde, nous faire comprendre comment il fonctionne ; ce probablement sans succès, puisqu’il le dit clairement : il a tué la seule personne qu’il pensait être à même de le comprendre – sans avoir, à la fin, la certitude qu’elle le comprenait.