16.04.2008
Hey Nostradamus de Douglas Coupland
1988 : Cheryl meurt au cours d’un massacre dans son lycée.
1999 : Jason assiste au mémorial pour la mort de son frère, se rappelle de Cheryl et de l’enfant qu’elle portait et tente de vivre comme il peut.
2002 : Heather se souvient de son ami Jason, qui a disparu. Jusqu’à ce que ses mots reviennent la hanter par l’entremise d’une fausse voyante.
2003 : Reg espère encore retrouver son fils, Jason.
Un roman emprunt d’une tristesse continue ; après tout, la mort est continuellement présente, quoi que fassent les hommes. Mais comment la gérer au quotidien ? On a donc d’abord le regard Cheryl, jeune décédée, puis celui de Jason, son mari, morte dans ses bras, presque accusé de l’avoir tuée, tentant de remonter la pente, ensuite le récit de Heather, petite amie de Jason longtemps après les évènements, et enfin Reg, père de Jason, qui portera un regard amer sur sa vie, son constat d’échec – mais conservera toujours une lueur d’espoir, une foi, qui n’est pas forcément celle de la religion. Quatre récits, quatre visions du monde, quatre directions différentes et pourtant se recoupant, quatre évangiles, porteurs à leur manière d’un espoir à la suite d’un massacre.
Pourquoi cette référence à Nostradamus ? Sans doute pour les nombreuses prières qui émaillent le récit, adressées à un Dieu lointain, incompréhensible car ayant laissé faire le pire. Ou bien par la position de chacun, par rapport à lui-même, aux autres, à Dieu, et à l’ambiguité de l’ensemble : finalement, il n’y a pas une réponse aux « grandes questions » mais une multitude, qui varient d’un individu à l’autre, qui fluctuent selon sa vie.
Coupland décrit la pseudo-vie après la mort, la survie après la mort des autres, la survie de ceux qui vivent avec les survivants etc. (vous voyez l’idée ?) Rien de très gai, donc, malgré quelques pointes d’humour. L’absence, le manque remplissent les pages de « Hey Nostradamus », et chacun tente de le combler comme il le peut. Cela peut passer par la recherche de Dieu, par la colère, par la tentative de mener une vie d’ascète… Chacun sa méthode, mais Coupland plonge sa plume bien loin dans l’âme de ses personnages, passant leurs motivations, scrupules et autres petitesses au microscope, sans rien leur passer, obligés de tout dévoiler, vivants ou morts. Et Dieu dans tout cela ? Il participe à toutes les vies, mais n’affirme jamais sa présence ; à chacun, donc, de le voir là où il le souhaite.
Le massacre des lycéens par des « mass murderers », trois gamins assassins pitoyables massacrant à l’arme à feu d’autres lycéens, est donc le point de départ, l’alpha et l’oméga. Comme le rappellent les personnages, cet évènement, bien que fondateur dans leur vie et dans celle de nombreux autres, n’a rien de positif, pas la moindre séquelle positive ; tandis que certains prient pour les meurtriers, d’autres essaient de trouver le sommeil, de comprendre comment certains croient en un Dieu qui laisse faire un tel massacre. Ainsi Coupland disserte sur la vie, la mort, les grandes questions de l’univers etc. Chargé continuement d’émotions, d’une foi, le roman déroule la vie de ses personnages patiemment, lentement, sûrement, telle la vie suivant son cours.
1999 : Jason assiste au mémorial pour la mort de son frère, se rappelle de Cheryl et de l’enfant qu’elle portait et tente de vivre comme il peut.
2002 : Heather se souvient de son ami Jason, qui a disparu. Jusqu’à ce que ses mots reviennent la hanter par l’entremise d’une fausse voyante.
2003 : Reg espère encore retrouver son fils, Jason.
Un roman emprunt d’une tristesse continue ; après tout, la mort est continuellement présente, quoi que fassent les hommes. Mais comment la gérer au quotidien ? On a donc d’abord le regard Cheryl, jeune décédée, puis celui de Jason, son mari, morte dans ses bras, presque accusé de l’avoir tuée, tentant de remonter la pente, ensuite le récit de Heather, petite amie de Jason longtemps après les évènements, et enfin Reg, père de Jason, qui portera un regard amer sur sa vie, son constat d’échec – mais conservera toujours une lueur d’espoir, une foi, qui n’est pas forcément celle de la religion. Quatre récits, quatre visions du monde, quatre directions différentes et pourtant se recoupant, quatre évangiles, porteurs à leur manière d’un espoir à la suite d’un massacre.
Pourquoi cette référence à Nostradamus ? Sans doute pour les nombreuses prières qui émaillent le récit, adressées à un Dieu lointain, incompréhensible car ayant laissé faire le pire. Ou bien par la position de chacun, par rapport à lui-même, aux autres, à Dieu, et à l’ambiguité de l’ensemble : finalement, il n’y a pas une réponse aux « grandes questions » mais une multitude, qui varient d’un individu à l’autre, qui fluctuent selon sa vie.
Coupland décrit la pseudo-vie après la mort, la survie après la mort des autres, la survie de ceux qui vivent avec les survivants etc. (vous voyez l’idée ?) Rien de très gai, donc, malgré quelques pointes d’humour. L’absence, le manque remplissent les pages de « Hey Nostradamus », et chacun tente de le combler comme il le peut. Cela peut passer par la recherche de Dieu, par la colère, par la tentative de mener une vie d’ascète… Chacun sa méthode, mais Coupland plonge sa plume bien loin dans l’âme de ses personnages, passant leurs motivations, scrupules et autres petitesses au microscope, sans rien leur passer, obligés de tout dévoiler, vivants ou morts. Et Dieu dans tout cela ? Il participe à toutes les vies, mais n’affirme jamais sa présence ; à chacun, donc, de le voir là où il le souhaite.
Le massacre des lycéens par des « mass murderers », trois gamins assassins pitoyables massacrant à l’arme à feu d’autres lycéens, est donc le point de départ, l’alpha et l’oméga. Comme le rappellent les personnages, cet évènement, bien que fondateur dans leur vie et dans celle de nombreux autres, n’a rien de positif, pas la moindre séquelle positive ; tandis que certains prient pour les meurtriers, d’autres essaient de trouver le sommeil, de comprendre comment certains croient en un Dieu qui laisse faire un tel massacre. Ainsi Coupland disserte sur la vie, la mort, les grandes questions de l’univers etc. Chargé continuement d’émotions, d’une foi, le roman déroule la vie de ses personnages patiemment, lentement, sûrement, telle la vie suivant son cours.
19:30 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : nostradamus, coupland, mort, religion, dieu, massacre, columbine
02.02.2008
Cosmos Incorporated par Maurice G. Dantec
(2005)
2057. Sergueï Diego Plotkine, le personnage principal, se rend à Grande Jonction pour tuer le Maire de cette ville. Plotkine n’a pas de mémoire, ou plutôt celle-ci paraît se réassembler à mesure que le tueur passe les examens ultratechnologiques de la Métastructure de Contrôle. Cette fraction Nord-américaine de l’Occident – l’Europe est désormais islamiste – est régie par les lois de l’UMHU, l’UniMonde Humain. Plotkine, pour préparer son forfait, reçoit l’aide d’El Señor Métatron, intelligence artificielle de sécurité extrêmement perfectionnée.
Roman profond et puissant, difficile à suivre, mais à l'écriture dynamique et vivante. De nombreuses références s'y télescopent, tant dans la narration que dans le style, ou même l'emploi de certaines expressions. Se basant sur la science-fiction, Dantec va au-delà du genre, l’utilisant pour continuer son questionnement sur la place de l’homme et sa conversion à Dieu, sur le rôle de la fiction et de la réalité, sur les devoirs liés à la liberté de Créateur (et non uniquement les droits, ces devoirs étant particulièrement lourds), liberté chèrement acquise. Dantec joue avec la lumière de son écriture pour révéler, mais aussi pour chercher les ténèbres qui s'y cachent. C'est pourquoi il dévoile beaucoup, prend le temps d'expliquer, tout en usant d'un vocabulaire parfois difficile (dont les références sont théologiques, de la Kabbale au tsimtsoum en passant par les Évangiles), c'est pourquoi il révèle et dissimule, pour mieux mettre son propos en évidence, suivant l'exemple de Philip K. Dick.Par moments, son écriture est quasi « automatique », machinique, usant, de cette manière, des armes de l'adversaire (à savoir la Machine, l'Unimonde Humain). Beaucoup de références à la littérature, à la philosophie, au rock des années 70 et 80, aux personnages de fiction, à la théologie catholique, ainsi que des auto-références (voir ses Théâtres des opérations), participant ainsi activement aux processus qu'il décrit. La métafiction, la réécriture du Monde décrites ici sont précisément illustrées tout au long du livre, Dantec ne se contentant pas de présenter un roman (si l'on peut considérer son ouvrage comme un roman, et non pas comme un objet littéraire difficilement identifiable), une thèse qu'il démontre, il utilise cette thèse et l'illustre au travers de son écriture, au travers de son processus narratif, évoluant, obligeant le lecteur à le suivre de manière active.Autre influence non négligeable que Dantec cite à plusieurs reprises, « Nous fils d’Eichmann » de Gunther Anders. Celui-ci a entrepris d’écrire au fils d’Eichmann pour échanger (sans succès) sur les horreurs perpétrées par son père, et comment la technique a « permis » d’aboutir à Auschwitz, par la machinisation du monde, à la certitude de la répétition du monstrueux. Cette machinisation, symbolisée par un enfant-machine, point central et pourtant nœud du réseau global de la Machine et des réseaux terrestres, est donc combattue par Plotkine, qui fera tout pour éviter son avènement, décrivant l’affrontement d’une figure christique et de son double négatif, ou plutôt l’affrontement de ce qu’ils représentent. Dantec a également réussi des descriptions des lieux, de l’environnement, faisant sans cesse référence à la technique, mais également aux camps, d’un monde déliquescent, en état de décrépitude avancée.
Cosmos Inc. est donc une véritable profession de foi catholique, où les personnages n'existent, finalement, que par leur croyance en un au-delà, reconnaissant la « petitesse », d'une certaine manière, de l'homme, réduit à la technique, et donc d'autant plus éloigné de la spiritualité. Cette profession de foi passe par le baptême, la reconnaissance de la présence de Dieu, ce que feront les personnages. Elle passe également par la reconnaissance du fait que l’homme a un Créateur, est une créature, qui ne pourra elle-même créée qu’en accédant au Très-Haut.
Son écriture, son style m'ont paru moins lourds que dans son roman précédent; non pas cyberpunk, mais d'une certaine manière post-cyberpunk, dans le sens où il ne se « contente » pas d'utiliser le vocabulaire informatique et celui des réseaux informationnels, mais prend en compte les données récentes de la biologie, de la physique quantique, pour écrire, décrire, comparer, allant au-delà du cyberpunk.
Par contre, Dantec use de tics d'écriture, répétant trop régulièrement les mêmes idées à court intervalle – même si cela est parfois difficile à comprendre, il n'est pas forcément utile de se reprendre aussi systématiquement. Mais cela crée un mouvement dans la lecture, un peu comme des vagues se recouvrant les unes les autres, ou des plis se positionnant les uns par dessus les autres, apportant chaque fois un peu plus d'informations, tout en conservant une certaine transparence sur ce qui précède. Il y a donc beaucoup à dire sur ce roman, ses qualités et ses défauts.
2057. Sergueï Diego Plotkine, le personnage principal, se rend à Grande Jonction pour tuer le Maire de cette ville. Plotkine n’a pas de mémoire, ou plutôt celle-ci paraît se réassembler à mesure que le tueur passe les examens ultratechnologiques de la Métastructure de Contrôle. Cette fraction Nord-américaine de l’Occident – l’Europe est désormais islamiste – est régie par les lois de l’UMHU, l’UniMonde Humain. Plotkine, pour préparer son forfait, reçoit l’aide d’El Señor Métatron, intelligence artificielle de sécurité extrêmement perfectionnée.
Roman profond et puissant, difficile à suivre, mais à l'écriture dynamique et vivante. De nombreuses références s'y télescopent, tant dans la narration que dans le style, ou même l'emploi de certaines expressions. Se basant sur la science-fiction, Dantec va au-delà du genre, l’utilisant pour continuer son questionnement sur la place de l’homme et sa conversion à Dieu, sur le rôle de la fiction et de la réalité, sur les devoirs liés à la liberté de Créateur (et non uniquement les droits, ces devoirs étant particulièrement lourds), liberté chèrement acquise. Dantec joue avec la lumière de son écriture pour révéler, mais aussi pour chercher les ténèbres qui s'y cachent. C'est pourquoi il dévoile beaucoup, prend le temps d'expliquer, tout en usant d'un vocabulaire parfois difficile (dont les références sont théologiques, de la Kabbale au tsimtsoum en passant par les Évangiles), c'est pourquoi il révèle et dissimule, pour mieux mettre son propos en évidence, suivant l'exemple de Philip K. Dick.Par moments, son écriture est quasi « automatique », machinique, usant, de cette manière, des armes de l'adversaire (à savoir la Machine, l'Unimonde Humain). Beaucoup de références à la littérature, à la philosophie, au rock des années 70 et 80, aux personnages de fiction, à la théologie catholique, ainsi que des auto-références (voir ses Théâtres des opérations), participant ainsi activement aux processus qu'il décrit. La métafiction, la réécriture du Monde décrites ici sont précisément illustrées tout au long du livre, Dantec ne se contentant pas de présenter un roman (si l'on peut considérer son ouvrage comme un roman, et non pas comme un objet littéraire difficilement identifiable), une thèse qu'il démontre, il utilise cette thèse et l'illustre au travers de son écriture, au travers de son processus narratif, évoluant, obligeant le lecteur à le suivre de manière active.Autre influence non négligeable que Dantec cite à plusieurs reprises, « Nous fils d’Eichmann » de Gunther Anders. Celui-ci a entrepris d’écrire au fils d’Eichmann pour échanger (sans succès) sur les horreurs perpétrées par son père, et comment la technique a « permis » d’aboutir à Auschwitz, par la machinisation du monde, à la certitude de la répétition du monstrueux. Cette machinisation, symbolisée par un enfant-machine, point central et pourtant nœud du réseau global de la Machine et des réseaux terrestres, est donc combattue par Plotkine, qui fera tout pour éviter son avènement, décrivant l’affrontement d’une figure christique et de son double négatif, ou plutôt l’affrontement de ce qu’ils représentent. Dantec a également réussi des descriptions des lieux, de l’environnement, faisant sans cesse référence à la technique, mais également aux camps, d’un monde déliquescent, en état de décrépitude avancée.
Cosmos Inc. est donc une véritable profession de foi catholique, où les personnages n'existent, finalement, que par leur croyance en un au-delà, reconnaissant la « petitesse », d'une certaine manière, de l'homme, réduit à la technique, et donc d'autant plus éloigné de la spiritualité. Cette profession de foi passe par le baptême, la reconnaissance de la présence de Dieu, ce que feront les personnages. Elle passe également par la reconnaissance du fait que l’homme a un Créateur, est une créature, qui ne pourra elle-même créée qu’en accédant au Très-Haut.
Son écriture, son style m'ont paru moins lourds que dans son roman précédent; non pas cyberpunk, mais d'une certaine manière post-cyberpunk, dans le sens où il ne se « contente » pas d'utiliser le vocabulaire informatique et celui des réseaux informationnels, mais prend en compte les données récentes de la biologie, de la physique quantique, pour écrire, décrire, comparer, allant au-delà du cyberpunk.
Par contre, Dantec use de tics d'écriture, répétant trop régulièrement les mêmes idées à court intervalle – même si cela est parfois difficile à comprendre, il n'est pas forcément utile de se reprendre aussi systématiquement. Mais cela crée un mouvement dans la lecture, un peu comme des vagues se recouvrant les unes les autres, ou des plis se positionnant les uns par dessus les autres, apportant chaque fois un peu plus d'informations, tout en conservant une certaine transparence sur ce qui précède. Il y a donc beaucoup à dire sur ce roman, ses qualités et ses défauts.
11:20 Publié dans Livre, science-fiction | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : cosmos incorporated, dantec, sf, critique, religion
09.01.2008
La Puissance et la Gloire de Graham Greene
(1940)
Le clergé mexicain persécuté par le gouvernement révolutionnaire, il ne reste qu'un seul prêtre, dont la tête est mise à prix. Ce prêtre est un pauvre homme qui aime trop l'alcool et qui a fait un enfant à une de ses paroissiennes. Il essaie de fuir mais revient chaque fois qu'un mourant a besoin de lui, « et même lorsqu'il croit que son secours sera vain, et même lorsqu'il n'ignore pas que c'est d'un guet-apens qu'il s'agit et que celui qui l'appelle l'a déjà trahi, ce prêtre ivrogne, impur, et tremblant devant la mort, donne sa vie sans perdre à aucun moment le sentiment de sa bassesse et de sa honte. » (François Mauriac)
Graham Greene raconte ici l’histoire d’un prêtre, d’un « mauvais prêtre » (il est alcoolique, il est également père d’une petite fille, deux péchés mortels) comme il se définit lui-même, qui échappe à la police, sans vraiment chercher à survivre et s’en remettant à la volonté de Dieu.
"Il était un mauvais prêtre, un prêtre ivrogne (on le disait et il le savait), mais tous ses échecs, il les avait perdus de vue et oubliés : secrètement, ils s’entassaient dans quelque endroit : les gadoues de ses défaites. Un jour, à ce qu’il supposait, ces rebuts finiraient par obstruer la source de grâce."
Celui-ci fuit à travers la région, et est généralement bien accueilli dans les villages, comme le dernier prêtre, ou le premier vu depuis longtemps. Ainsi il exerce son ministère comme il peut, avec les moyens du bord. Mais son calvaire va aller croissant, et le parallèle avec la vie du Christ va devenir à chaque chapitre un peu plus évident. Pourtant, il se défend bien de se considérer et d’être considéré comme un martyre. Il refuse ce statut car il se voit, finalement, tel qu’il est : un homme avec ses péchés, se débattant pour survivre, obstinément accroché à sa foi, se posant jour après jour la question de son bien fondé, de ses implications. Se posera donc la question du Bien, du Mal, et de la position de l’homme au cœur de ces notions, le prêtre au centre de ce conflit, à la fois témoin et partie prenante. Témoin également de la vie au Mexique, de la misère qu’il vit au quotidien. Mais la présence du péché dans l’âme du prêtre ne l’empêche pas d’exercer son sacerdoce, de baptiser, de bénir, d’exercer ses sacrements.
"Avoir conquis le désespoir ne signifiait pas, bien entendu, n’être pas damné – au bout d’un certain temps, il arrivait simplement que le mystère devenait trop grand : un homme damné mettant Dieu dans la bouche des autres hommes, quel étrange serviteur du diable était-ce donc !"
Chaque fois que le prêtre tentera de quitter le pays, le besoin exprimé par quelqu’un le fera revenir, quoi que cela lui coûte, même quand il sait que ça n’est, à la fin, que pour le trahir ; il remet son destin entre les mains de Dieu, consacré corps et âme à son sacerdoce, tentant chaque fois de passer la frontière où il rêve de mener une vie nouvelle, trouver un autre prêtre, se confesser de ses fautes et oublier. Le titre du livre s’explique donc par la recherche de la puissance et de la gloire des hommes, de tous les hommes ; mais aussi par la puissance et la gloire de la miséricorde, du pardon et de l’amour.
"Et c’est pour ce monde que le Christ est mort ; plus l’on voit de corruption autour de soi, plus la gloire qui entoure sa mort resplendit. C’est trop facile de mourir pour ce qui est bon ou beau, son foyer, ses enfants ou la civilisation… il fallait un Dieu pour mourir afin de sauver des hommes lâches et corrompus."
Greene présente le parcours spirituel d’un homme, écrasé par le poids de ses péchés, et ne lâchant pas un seul instant sa foi, qui est chevillée à son corps, qui fait partie de lui. Sa destinée, qui semble inéluctable, même pour lui-même, mais il accepte ce qui doit lui advenir – ce qui ne signifie pas qu’il n’en a pas peur.
Le clergé mexicain persécuté par le gouvernement révolutionnaire, il ne reste qu'un seul prêtre, dont la tête est mise à prix. Ce prêtre est un pauvre homme qui aime trop l'alcool et qui a fait un enfant à une de ses paroissiennes. Il essaie de fuir mais revient chaque fois qu'un mourant a besoin de lui, « et même lorsqu'il croit que son secours sera vain, et même lorsqu'il n'ignore pas que c'est d'un guet-apens qu'il s'agit et que celui qui l'appelle l'a déjà trahi, ce prêtre ivrogne, impur, et tremblant devant la mort, donne sa vie sans perdre à aucun moment le sentiment de sa bassesse et de sa honte. » (François Mauriac)
Graham Greene raconte ici l’histoire d’un prêtre, d’un « mauvais prêtre » (il est alcoolique, il est également père d’une petite fille, deux péchés mortels) comme il se définit lui-même, qui échappe à la police, sans vraiment chercher à survivre et s’en remettant à la volonté de Dieu.
"Il était un mauvais prêtre, un prêtre ivrogne (on le disait et il le savait), mais tous ses échecs, il les avait perdus de vue et oubliés : secrètement, ils s’entassaient dans quelque endroit : les gadoues de ses défaites. Un jour, à ce qu’il supposait, ces rebuts finiraient par obstruer la source de grâce."
Celui-ci fuit à travers la région, et est généralement bien accueilli dans les villages, comme le dernier prêtre, ou le premier vu depuis longtemps. Ainsi il exerce son ministère comme il peut, avec les moyens du bord. Mais son calvaire va aller croissant, et le parallèle avec la vie du Christ va devenir à chaque chapitre un peu plus évident. Pourtant, il se défend bien de se considérer et d’être considéré comme un martyre. Il refuse ce statut car il se voit, finalement, tel qu’il est : un homme avec ses péchés, se débattant pour survivre, obstinément accroché à sa foi, se posant jour après jour la question de son bien fondé, de ses implications. Se posera donc la question du Bien, du Mal, et de la position de l’homme au cœur de ces notions, le prêtre au centre de ce conflit, à la fois témoin et partie prenante. Témoin également de la vie au Mexique, de la misère qu’il vit au quotidien. Mais la présence du péché dans l’âme du prêtre ne l’empêche pas d’exercer son sacerdoce, de baptiser, de bénir, d’exercer ses sacrements.
"Avoir conquis le désespoir ne signifiait pas, bien entendu, n’être pas damné – au bout d’un certain temps, il arrivait simplement que le mystère devenait trop grand : un homme damné mettant Dieu dans la bouche des autres hommes, quel étrange serviteur du diable était-ce donc !"
Chaque fois que le prêtre tentera de quitter le pays, le besoin exprimé par quelqu’un le fera revenir, quoi que cela lui coûte, même quand il sait que ça n’est, à la fin, que pour le trahir ; il remet son destin entre les mains de Dieu, consacré corps et âme à son sacerdoce, tentant chaque fois de passer la frontière où il rêve de mener une vie nouvelle, trouver un autre prêtre, se confesser de ses fautes et oublier. Le titre du livre s’explique donc par la recherche de la puissance et de la gloire des hommes, de tous les hommes ; mais aussi par la puissance et la gloire de la miséricorde, du pardon et de l’amour.
"Et c’est pour ce monde que le Christ est mort ; plus l’on voit de corruption autour de soi, plus la gloire qui entoure sa mort resplendit. C’est trop facile de mourir pour ce qui est bon ou beau, son foyer, ses enfants ou la civilisation… il fallait un Dieu pour mourir afin de sauver des hommes lâches et corrompus."
Greene présente le parcours spirituel d’un homme, écrasé par le poids de ses péchés, et ne lâchant pas un seul instant sa foi, qui est chevillée à son corps, qui fait partie de lui. Sa destinée, qui semble inéluctable, même pour lui-même, mais il accepte ce qui doit lui advenir – ce qui ne signifie pas qu’il n’en a pas peur.
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