18.08.2009
Pandore au Congo d'Albert Sanchez Pinol
1914. L'Empire britannique est à son zénith et Londres s'apprête à subir les foudres du Kaiser. Thommy Thomson œuvre dans l'ombre pour un plumitif mégalomane quand un avocat lui propose un marché insolite : écrire l'histoire de son client, Marcus Garvey, un gitan accusé d'avoir assassiné au Congo les fils du duc qu'il servait. Publié avant le procès, le récit concourt par son immense succès à sauver de la potence celui que tout accuse. Il met au jour le détail de l'expédition enragée de deux aristocrates qui s'enfoncent dans la jungle congolaise jusqu'aux confins du monde, aiguillonnés par la fièvre de l'or. Avec Marcus, ils vont mener la première guerre verticale de l'histoire contre une armée insolite surgie des entrailles de la terre. Par convoitise pour une de ces créatures, les hommes ouvrent la boîte de Pandore et les intenses tropiques débrident ceux qui ne savent plus tenir leur rang. Les sang-bleu se révèlent de fieffées canailles et un pauvre domestique s'érige en sauveur de l'humanité.
Une intrigue forte, des personnages attachants, malgré leurs défauts; la description rappelle un peu « Tintin au Congo », ce côté colonial – parfaitement volontaire, puisque le titre de l'ouvrage, « Pandore au Congo », fait lui-même référence à un roman de genre. Tous les ingrédients de l'histoire d'amour impossible sont ici réunis, tellement que c'en est louche; mais le rythme soutenu empêche le lecteur de trop se poser de questions. Pinol l'emmène où il veut, le promène dans son monde et multiplie les niveaux de lecture (l'histoire de l'auteur du texte, celle de Marcus Garvey, le positionnement de la réalité, entre mythe et mensonge, avec quelques soupçons de vérité), le déroutant pour mieux l'émerveiller, déroulant les fausses pistes et clins d'oeil.
Le roman du roman, « Pandore au Congo », est dans le roman un exemple à ne pas suivre, exactement ce qu'il ne faut pas faire (intrigue ultra-simpliste, personnages découpés à la machette, caractères inexistants, incohérences); pourtant, l'auteur, qui fait travailler le héros comme nègre, gagne bien sa vie et vend semble-t-il ses romans sans problème – pourtant écrits à la va-vite. Au contraire, le biographe de Garvey (la référence au prophète, à l'auteur, à l'image/héros populaire ne fait aucun doute) récrit plusieurs fois son roman, passe énormément de temps à se documenter, à affiner sa prose pour être le plus proche possible de ce qui lui semble être la réalité (ou le point de vue de Garvey? Ou le sien?); à tel point qu'il tombera amoureux d'une femme qu'il n'a jamais vu, ne verra jamais et n'existe que dans ses fantasmes d'aventures. Il partira à la guerre, mais les tranchées n'entameront pas son enthousiasme vis-à-vis de Garvey. Un roman passionnant à plusieurs niveaux de lecture.
19:22 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : pandore au congo, pinol


