27.08.2007
Kaddish pour l'enfant qui ne naîtra pas de Imre Kertész
Apprendre à vivre, enfin : tel est l’impossible chemin que tente de frayer Imre Kertész dans son Kaddish pour l’enfant qui ne naîtra pas. Il y va d’un soulagement qui est impossible, parce qu’il n’est pas désiré, parce qu’en juif rescapé d’Auschwitz, un tel apprentissage n’est plus possible. Mais si l’auteur de la prière juive – le Kaddish est la prière des morts – ne peut plus lui-même recevoir un enseignement de vie, il se trouve confronté à la génération des juifs qui n’ont pas vécu la Shoah, mais dont la judéité leur pèse comme un insupportable fardeau. C'est l’histoire de ce récit : l’auteur rencontre une jeune femme, bien plus jeune que lui, et la jeune femme, qui deviendra son épouse, est intimement convaincue qu’au contact de cet homme marqué par la douleur, elle pourrait assumer enfin une judéité qu’elle n’a pas librement reçue en héritage.
« Ton inexistence considérée comme la liquidation radicale et nécessaire de mon existence. »
Une véritable frénésie intellectuelle, un besoin de lâcher le verbe, de dire les choses au plus vite. Et de témoigner, indirectement, de sa vie, de sa souffrance. Kertész ne cherche pas à justifier, simplement à faire comprendre, à tenter de partager l’indicible. Parce qu’il ne peut souffrir la naissance d’un enfant dans le monde qu’il connaît, au risque qu’il revive ce qu’il a vécu ; mais pas seulement, puisqu’il ne s’agit pas que des camps de concentration eux-mêmes, mais de tout l’environnement qui leur a permis de s’installer. Kertész raconte sa vie, sa survie, son regard sur le monde, son quotidien, ses tentatives impossibles d’être comme les autres. Et ses souvenirs, ses peurs, son enfance. Alors par moments, il laisse transparaître sa souffrance profonde, tenace.
Mais une lumière perce le sombre récit ; pour Kertész, le Mal est compréhensible, seul le Bien est du domaine de l’impénétrable. Et toute « bonne » action, telle que celle de « Monsieur l’instituteur », qui, dans un wagon à bestiaux, rend sa portion de pain à Kertész, alors que rien de démontrable, de tangible, ne l’y obligeait – puisqu’il y jouait sa survie – ce geste marque donc pour l’auteur l’apparition, l’espoir que l’homme n’est pas uniquement destructeur.
Il n’y a plus rien à dire, seule la prière peut soutenir encore l’homme et son verbe. Mais ce kaddish demeure avant tout une prière : un appel spirituel, un envoi vers Dieu – de celui qui ne naîtra pas, un adieu, donc. L’espoir qu’il demeure un au-delà meilleur.
« Ton inexistence considérée comme la liquidation radicale et nécessaire de mon existence. »
Une véritable frénésie intellectuelle, un besoin de lâcher le verbe, de dire les choses au plus vite. Et de témoigner, indirectement, de sa vie, de sa souffrance. Kertész ne cherche pas à justifier, simplement à faire comprendre, à tenter de partager l’indicible. Parce qu’il ne peut souffrir la naissance d’un enfant dans le monde qu’il connaît, au risque qu’il revive ce qu’il a vécu ; mais pas seulement, puisqu’il ne s’agit pas que des camps de concentration eux-mêmes, mais de tout l’environnement qui leur a permis de s’installer. Kertész raconte sa vie, sa survie, son regard sur le monde, son quotidien, ses tentatives impossibles d’être comme les autres. Et ses souvenirs, ses peurs, son enfance. Alors par moments, il laisse transparaître sa souffrance profonde, tenace.
Mais une lumière perce le sombre récit ; pour Kertész, le Mal est compréhensible, seul le Bien est du domaine de l’impénétrable. Et toute « bonne » action, telle que celle de « Monsieur l’instituteur », qui, dans un wagon à bestiaux, rend sa portion de pain à Kertész, alors que rien de démontrable, de tangible, ne l’y obligeait – puisqu’il y jouait sa survie – ce geste marque donc pour l’auteur l’apparition, l’espoir que l’homme n’est pas uniquement destructeur.
Il n’y a plus rien à dire, seule la prière peut soutenir encore l’homme et son verbe. Mais ce kaddish demeure avant tout une prière : un appel spirituel, un envoi vers Dieu – de celui qui ne naîtra pas, un adieu, donc. L’espoir qu’il demeure un au-delà meilleur.
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