20.12.2007

Bandes alternées par Philippe Vasset

Il n'y a plus d'art, seulement des hobbies. Plus de beau : du joli. Plus de spectateurs : des amis. Dans leurs maisons douillettes et soigneusement décorées, j'introduirai le froid et la nuit.

L’art n’existe plus. Il est pratiqué par tous, somme de passe-temps échangeables sans valeur, égaux, rigoureusement égaux (en effet, il n’est pas bien vu de critiquer le hobby de son voisin). L’art n’a plus aucune dimension de mise en danger ; il n’y a plus d’artiste, seulement des dilettantes. Et tous sont d’accord pour dire que l’industrie [de la culture], c’est mal. Ainsi, personne n’est plus reconnu que passant par l’Industrie ; et toute personne utilisant ladite industrie est forcément à sa botte. Aussi la population a décidé de vivre l’art à sa manière, ouverte, adressant ses colifichets à son voisin, à un inconnu, mais à quelqu’un. Vasset utilise abondamment la référence des forums sur Internet. Chacun présente ce qu’il fait aux autres, son petit effort, médiocre, sa copie de l’existant, et tout cela tourne en boucle, programme bloqué sur le mode répétition.
Au milieu de cela, un homme, seul, observe cette foule (ou plutôt cette masse) s’agiter, se gonfler et se dégonfler au rythme de ses propres modes. Navré, désolé, il ne peut que la voir se détruire lentement.
Vasset dénonce dans ce très court roman une forme de disparition de l’art (des arts), relégués à de simples hobbies, sans prise de risque de leurs auteurs. L’art n’est pas qu’un passe-temps, semble-t-il sous-entendre ; l’artiste ne crée pas une œuvre comme un lego, mais en y laissant de soi, en ne sortant pas indemne de son travail d’enfantement, de sa douleur. De même, sa charge s’attaque également à l’utilisation d’Internet, aux forums où tout se dit et tout s’échange, où toute chose est égale à toute autre. La valeur sentimentale l’emporte, laissant de côté toute considération esthétique, artistique, culturelle ou autre, emportant les hommes dans un flot continu d'oeuvres sans intérêt, un fleuve consumériste qui les entraînera vers leur propre destruction, à travers un tourbillon sans fin et sans raison.