14.09.2007
L’exorciste de William Blatty
Pour Chris MacNeil, une actrice célèbre, et sa fille Regan, une adolescente de quatorze ans, la vie s'écoule heureuse et aisée dans un quartier bourgeois de Washington. Et puis, un jour, des bruits étranges résonnent dans la calme demeure, des objets disparaissent, des meubles sont déplacés. Quant à Regan, d'étranges métamorphoses la défigurent, des mots obscènes jaillissent de sa bouche. Tandis que peu à peu la personnalité de l'enfant se disloque face aux médecins et neurologues impuissants, la police est saisie d'horreur devant l'atroce vérité. Damien Karras, prêtre et psychiatre, sera-t-il le seul recours ?
« Je ne pense pas que l'objectif du démon soit le possédé; l'objectif, c'est nous... les observateurs... toutes les personnes qui se trouvent dans la maison. Et je pense... Oui, je pense que l'objectif recherché est de nous amener au désespoir, à rejeter notre propre humanité, Damien, à nous voir en fin de compte comme des bêtes, viles et puantes, sans dignité, hideuses, méprisables. Et c'est là le noeud du problème, peut-être, dans ce mépris. Car je pense que la croyance en Dieu n'est pas affaire de raison du tout; je pense qu'elle n'est en fin de compte qu'affaire d'amour: accepter la possibilité que Dieu puisse nous aimer... »
Ouvrage impressionnant, l’exorciste mène l’inquiétude de son lecteur sans temps mort, du début à la fin. Particulièrement intéressant, très bien écrit, il confronte le regard scientifique aux croyances religieuses ; quand la science ne trouve pas les réponses, l’inexplicable semble avoir la porte ouverte. Pourtant le postulat est annoncé dès le titre : le Mal existe, il peut terrasser les hommes, mais il peut également être vaincu, par la foi. On sent la présence du Mal dès le début de l’ouvrage, en filigrane, par l’utilisation subtile de métaphores, instaurant un climat malsain. Le démon est présent à tout moment, y compris dans les instants plus calmes, faisant sourdre sa haine sans relâche. Mais il est davantage insidieux ; il suffit qu’on parle de lui, qu’on l’évoque vaguement pour que le malaise apparaisse, pour qu’une malédiction semble avoir été prononcée.
On voit donc ici, quasiment en pleine lumière, le travail du malin. Celui-ci utilise le corps d’un enfant, le manipule, non seulement pour l’effrayer elle, mais aussi ceux qui l’entoure, pour tuer. Tout cela par « haine » envers les hommes. Mais les hommes ne souhaitent pas croire à sa présence ; les examens se succèderont, et l’exorcisme ne sera que le dernier recours, quand tout autre espoir aura été abandonné – juste avant l’entrée en Enfer, donc. La mère souhaite à tout prix consulter un psychiatre, et les médecins travaillent d’arrache-pied pour trouver des raisons compréhensibles à l’état de Regan, sans succès. Et quand, finalement, tout lui impose de se tourner vers un prêtre, celui-ci va conclure à la possession, à l’utilisation de son corps par Satan. D’où le nécessaire exorcisme, seul moyen de chasser le démon du cœur et du corps de l’enfant. Le prêtre qui va l’exercer fait lui-même face à ses propres démons, que le diable connaît bien et saura utiliser contre lui : manipulation, tromperie et mensonges sont ses armes favorites, et il en abusera tout au long du roman. Damien Karras, exorciste, est aussi le psychologue qui veille sur les autres prêtres ; à force d’entendre leurs vies, il semble atteindre de lassitude, de pessimisme, éreinté. La mort de sa mère, seule et presque abandonnée, engendrera une forte culpabilité qui n’aura de cesse de le hanter. Et sa foi n’a rien de certain, bougie vacillante face aux rafales de l’ennemi.
Blatty décrit ses personnages habilement, faisant peser sur chacun un voile de tristesse, comme si le Mal était quelque chose de présent en toute chose, en chacun, oeuvrant dans l’ombre, malgré nous, présent en tout un chacun, presque comme une seconde peau, un linceul qui recouvrirait le monde. La possession n’est donc qu’une de ses marques, une mise en lumière de sa présence nauséabonde ; et pourtant… Pourtant, le doute demeure. Non pour la mère, prête à tout pour guérir sa fille, mais pour tout autre individu qui gravite autour de la maison. Le démon est là, mais il se terre dans les consciences, insinuant le doute, divisant pour mieux régner. Et c’est une des forces du livre de Blatty que de créer, de développer une ambiance malsaine ; quoi qu’il arrive, il y a toujours un adverbe ou un adjectif qui viendra obscurcir le ciel de l’histoire, empêchant le lecteur de se décoller du récit, de se reposer ou de prendre du recul. Le plus sceptique, ici, n’est pas celui qu’on croit ; il s’agit du prêtre, qui rechigne – mais comment ne pas être de son avis ? – à reconnaître l’origine du problème. Et qui, pourtant, se sacrifiera pour sauver l’enfant. La fin, justement… celle-ci, bien qu’en partie sombre, se montre pourtant optimiste : rédemption, pardon, terrassement du démon. Même si le Mal n’est pas vaincu, il est repoussé ; même si l’homme ne croit pas, il est pardonné.
« Je ne pense pas que l'objectif du démon soit le possédé; l'objectif, c'est nous... les observateurs... toutes les personnes qui se trouvent dans la maison. Et je pense... Oui, je pense que l'objectif recherché est de nous amener au désespoir, à rejeter notre propre humanité, Damien, à nous voir en fin de compte comme des bêtes, viles et puantes, sans dignité, hideuses, méprisables. Et c'est là le noeud du problème, peut-être, dans ce mépris. Car je pense que la croyance en Dieu n'est pas affaire de raison du tout; je pense qu'elle n'est en fin de compte qu'affaire d'amour: accepter la possibilité que Dieu puisse nous aimer... »
Ouvrage impressionnant, l’exorciste mène l’inquiétude de son lecteur sans temps mort, du début à la fin. Particulièrement intéressant, très bien écrit, il confronte le regard scientifique aux croyances religieuses ; quand la science ne trouve pas les réponses, l’inexplicable semble avoir la porte ouverte. Pourtant le postulat est annoncé dès le titre : le Mal existe, il peut terrasser les hommes, mais il peut également être vaincu, par la foi. On sent la présence du Mal dès le début de l’ouvrage, en filigrane, par l’utilisation subtile de métaphores, instaurant un climat malsain. Le démon est présent à tout moment, y compris dans les instants plus calmes, faisant sourdre sa haine sans relâche. Mais il est davantage insidieux ; il suffit qu’on parle de lui, qu’on l’évoque vaguement pour que le malaise apparaisse, pour qu’une malédiction semble avoir été prononcée.
On voit donc ici, quasiment en pleine lumière, le travail du malin. Celui-ci utilise le corps d’un enfant, le manipule, non seulement pour l’effrayer elle, mais aussi ceux qui l’entoure, pour tuer. Tout cela par « haine » envers les hommes. Mais les hommes ne souhaitent pas croire à sa présence ; les examens se succèderont, et l’exorcisme ne sera que le dernier recours, quand tout autre espoir aura été abandonné – juste avant l’entrée en Enfer, donc. La mère souhaite à tout prix consulter un psychiatre, et les médecins travaillent d’arrache-pied pour trouver des raisons compréhensibles à l’état de Regan, sans succès. Et quand, finalement, tout lui impose de se tourner vers un prêtre, celui-ci va conclure à la possession, à l’utilisation de son corps par Satan. D’où le nécessaire exorcisme, seul moyen de chasser le démon du cœur et du corps de l’enfant. Le prêtre qui va l’exercer fait lui-même face à ses propres démons, que le diable connaît bien et saura utiliser contre lui : manipulation, tromperie et mensonges sont ses armes favorites, et il en abusera tout au long du roman. Damien Karras, exorciste, est aussi le psychologue qui veille sur les autres prêtres ; à force d’entendre leurs vies, il semble atteindre de lassitude, de pessimisme, éreinté. La mort de sa mère, seule et presque abandonnée, engendrera une forte culpabilité qui n’aura de cesse de le hanter. Et sa foi n’a rien de certain, bougie vacillante face aux rafales de l’ennemi.
Blatty décrit ses personnages habilement, faisant peser sur chacun un voile de tristesse, comme si le Mal était quelque chose de présent en toute chose, en chacun, oeuvrant dans l’ombre, malgré nous, présent en tout un chacun, presque comme une seconde peau, un linceul qui recouvrirait le monde. La possession n’est donc qu’une de ses marques, une mise en lumière de sa présence nauséabonde ; et pourtant… Pourtant, le doute demeure. Non pour la mère, prête à tout pour guérir sa fille, mais pour tout autre individu qui gravite autour de la maison. Le démon est là, mais il se terre dans les consciences, insinuant le doute, divisant pour mieux régner. Et c’est une des forces du livre de Blatty que de créer, de développer une ambiance malsaine ; quoi qu’il arrive, il y a toujours un adverbe ou un adjectif qui viendra obscurcir le ciel de l’histoire, empêchant le lecteur de se décoller du récit, de se reposer ou de prendre du recul. Le plus sceptique, ici, n’est pas celui qu’on croit ; il s’agit du prêtre, qui rechigne – mais comment ne pas être de son avis ? – à reconnaître l’origine du problème. Et qui, pourtant, se sacrifiera pour sauver l’enfant. La fin, justement… celle-ci, bien qu’en partie sombre, se montre pourtant optimiste : rédemption, pardon, terrassement du démon. Même si le Mal n’est pas vaincu, il est repoussé ; même si l’homme ne croit pas, il est pardonné.
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