27.09.2009
Le fond des forêts de David Mitchell
Le fond des forêts de David Mitchell (2006)
Jason Taylor, un garçon de 13 ans atteint de bégaiement, est le héros rêveur de ce récit initiatique qui se déroule pendant les douze mois de l'année 1982, dans un petit village du Worcestershire. A l'école ou chez lui, Jason affronte l'incompréhension et le mépris. Pour fuir la réalité, il mène sa propre existence dans un monde peuplé de visions étranges, d'animaux sauvages, de figures ambiguës. Poète à ses heures - sous le pseudonyme d'Eliot Bolivar -, il se réfugie dans la forêt de Black Swan Green et patine sur le lac gelé, terrain privilégié de ses échappées imaginaires.
Pas grand chose du domaine fantastique ici, contrairement à ce que prétend le résumé; simplement le reflet de l'imagination d'un enfant, Jason Taylor (auto-surnommé le minable ou le bègue, pour les parts de son caractère qui l'empêchent de faire ce qu'il voudrait) au moment de son entrée délicate dans l'adolescence. La souffrance due au bégaiement, d'être différent, de ne pas comprendre ses parents et sa soeur. Chaque chapitre comme une tranche de vie, bonne ou mauvaise, et quand ce dernier cas se présente, on n'attend plus que le prochain chapitre, en se disant que ça ira mieux. D. Mitchell décrit tout cela, et bien plus encore; les difficultés de langage, l'expression par le biais de la poésie, la colère et l'apaisement, tout cela avec comme toile de fond l'actualité anglaise de 1982 et toutes les références culturelles qui vont avec. Un des intérêts de ce roman est le regard du narrateur – Jason – qui va évoluer au cours de ces 12 mois, et son discours également.
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13.09.2009
L'énigme de l'univers de Greg Egan

L'énigme de l'univers (1995)
En 2055, la science s'apprête à faire un bond phénoménal : l'unification des théories physiques et mathématiques, la compréhension définitive de l'univers. La Théorie du Tout, chimère recherchée par les physiciens depuis plus d'un siècle, serait-elle à portée de la main ? C'est ce qu'Andrew Worth, journaliste scientifique, va tenter de savoir en suivant une jeune Prix Nobel sur l'île d'Anarchia, utopie artificielle flottant au milieu de l'océan. Tout ce que le monde compte d'ennemi du savoir et des sciences s'y est donné rendez-vous, avec pour but d'empêcher la scientifique d'annoncer ses découvertes, jusqu'à la tuer si nécessaire. Le journaliste va se transformer en garde du corps, combattant d'un côté les sectes les plus obscurantistes, et de l'autre le d-stress, une mystérieuse maladie mentale dont personne ne connaît l'origine. De nombreuses sectes s'opposent à ce projet, jugé impie parce qu'il tente de percer le mystère de la Création ou, pour les Anthrocosmologistes, tenants d'une théorie participatoire de l'univers où celui-ci est défini par l'observateur, parce qu'ils craignent que celui qui en donne une Clé définisse un univers qu'ils refusent.
Impressionnant romande hard-SF, très documenté, parfois difficile à suivre, mais très stimulant. Unifier les théories physiques, la cosmologie et les théories de l'information était un pari osé, risqué, que Egan relève haut la main.
Ses personnages sont intéressants, évoluant au cours du roman, notamment le journaliste, qui se pose de nombreuses questions spirituelles. Il est amené à lutter contre de nombreuses sectes, faisant de la disparition du savoir leur credo ; une théorie du tout a effectivement l'image d'une résolution de toutes les questions de la physique, ce qui n'est finalement pas le cas, comme le rappelle l'auteur. La résolution finale est particulièrement bien vue et amenée.
Egan pose la question de l'évolution des sociétés, s'interrogeant sur l'impact des sciences sur l'homme. Dans son roman, chacun a une réponse, que ce soit les sectes qui rejettent toute connaissance (et considèrent les sciences comme des « frankensciences »), les scientifiques en recherche de réponse ou bien ceux qui utilisent les technologies créées par lesdites sciences pour modifier leur corps à volonté. La découverte de la théorie du tout devra également être digérée par les hommes, ce qui fait l'objet de la fin du roman.
L'environnement dans lequel les personnages évoluent est également passionnant, du fait de l'utilisation des technologies (organismes génétiquement modifiés, utilisation de la biologie etc.). On découvre également des changements humains au niveau physiologique, l'auteur imaginant des manipulations génétiques permettant à ceux qui le veulent de définir leur genre sexuel (une échelle de 6 possibilités est détaillée, d'ultramâle à asexe), qui semblent là encore crédibles. Autre « personnage » ayant son importance, l'île d'Anarchia où se tient le colloque - et l'intrigue. Elle représente la mise en pratique d'une utopie, où chacun a conscience de ses actes. Elle a été construite grâce à des technologies protégées par des brevets ; mais cette utilisation est illégale, puisque l'île a été construite sans demander l'autorisation pour utiliser ces brevets. Et Egan de s'interroger sur la brevetabilité du biologique, des processus chimiques. De même sur l'anarchie, car personne ne dirige l'île, ses développements, ses infrastructures. Chacun vit en bonne entente avec les autres ; Egan décrit cette utopie admirablement bien, l'anarchie présentée ici n'est pas celle décrite ailleurs mais plutôt une relation entre les hommes structurée et consciencieusement réfléchie.
Difficile à résumer, le roman part dans plusieurs directions et explore chacune de ces voies ; il fait réfléchir, vulgarise, fait comprendre. Et demeure accrocheur grâce à de nombreux rebondissements. S'il fallait faire un reproche, il porterait sur les dialogues, parfois un peu trop lourds.
12:20 Publié dans Livre, science-fiction | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : sf, egan, critique, énigme, univers
02.09.2009
La Possibilité d'une Ile
La Possibilité d'une Ile de Michel Houellebecq (2005)
Daniel, qui vit au début du XXIe siècle, rédige son autobiographie ou « récit de vie ». Il y raconte sa carrière de comique professionnel ainsi que sa vie intime et ses relations avec une secte, les Élohimites. De nombreux siècles plus tard, l'un de ses descendants clonés, Daniel24, lit le récit de vie de Daniel et y ajoute son propre commentaire.
Le roman alterne les points de vue de Daniel1, qui vit sa vie, ou donne parfois de simplement l’observer, de se jouer de lui-même, puis de Daniel24 et Daniel25, lointains clones de Daniel1 n’ayant en commun que les gènes (leur conscience est différente, la copie n’est pas rigoureusement exacte, puisque le vécu de Daniel1 n’a pu être transféré).
La lecture des propos de Daniel1 est à la fois drôle et triste. Drôle, car celui-ci vit dans un monde (le nôtre, simplement plus cynique) où il fait figure d’électron libre, se permet ce que peu osent et crache sur tout ce qui bouge, libérant ses excès de bile. Et contrairement à toute attente, c’est le succès médiatique. Mais cela ne lui suffit pas ; Daniel ne voit rien qui donne un intérêt à sa vie ; le seul être qui lui inspire de la compassion est son chien, qui sera lui aussi cloné afin de tenir compagnie à ses successeurs. Successeurs qui ne seront plus vraiment humains mais « néo-humains », vivant reclus, observant – froidement – de l’intérieur de leur bunker la destruction lente de la Terre. Et se replongeant dans l’histoire de leur géniteur, ou plutôt de leur modèle, en attente de l’avènement d’un « Futur », hommes relégués au rang de simples machines en mode veille, incapables d’émotion ; et pourtant, il subsiste quelque chose d’humain, une simple parcelle : une forme d’optimisme ? Il s’agirait plutôt de garder ces clones proches de l’intelligence humaine connue, montrer ce à quoi nous pourrions aboutir. Ce qui m’a rappelé la population de « Bandes alternées », de P. Vasset, où l’art n’existe plus vraiment, remplacé par les passe-temps de tout un chacun, tous égaux et tous identiques, sans valeur aucune.
Autre élément remarquable : le chapitrage s’inspire de celui des Evangiles. Daniel1 est-il un Sauveur, l’annonciateur de temps nouveaux ? Peut-être, d’une certaine manière ; en tout cas, il n’a rien de religieux, cela serait plutôt sous la forme d’un « clin d’œil » à la religion, de la même manière que l’utilisation du clonage permet d’effectuer une distanciation sur le personnage, ce qu’il devient, mais aussi sur la société occidentale et son avenir. Mais il y a plus, puisque le clonage est ici considéré comme une vie éternelle, qui devait démarrer avec la renaissance du prophète, avec sa résurrection, parodiant la religion catholique.
Le clonage effectué ici ne correspond pas à une recherche de la vie éternelle ; seuls les gènes sont copiés, et Daniel1 meurt réellement, pour ne laisser la place qu’à des copies de lui-même, qui contempleront son œuvre benoîtement, sans émotion, sans vivre, atteignant ainsi le paroxysme de ce que Daniel1, d’une certaine manière, rejetait.
Houellebecq décrit tantôt avec une féroce acuité, tantôt avec lourdeur l’activité et les conséquences de la vieillesse sur les corps et les âmes. Les relations humaines en pâtissent, l’ego aussi ; tout cela est ici décrit quasi cliniquement, ou plutôt tel qu’un entomologiste le ferait. Cela rend certains passages difficiles à lire, mais demeurant plein d’acuité et de justesse. Les descriptions, le ressenti de Daniel1 au quotidien n’en sont que plus durs, privés d’amour, de compassion, d’altruisme. Le sexe y est le centre de tout, privé d'amour; Houellebecq décrit également la déliquescence de l'homme par rapport à la femme, sa féminisation à outrance, entraînant, pour tous, une perte des repères.
09:00 Publié dans Livre, science-fiction | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
18.08.2009
Pandore au Congo d'Albert Sanchez Pinol
1914. L'Empire britannique est à son zénith et Londres s'apprête à subir les foudres du Kaiser. Thommy Thomson œuvre dans l'ombre pour un plumitif mégalomane quand un avocat lui propose un marché insolite : écrire l'histoire de son client, Marcus Garvey, un gitan accusé d'avoir assassiné au Congo les fils du duc qu'il servait. Publié avant le procès, le récit concourt par son immense succès à sauver de la potence celui que tout accuse. Il met au jour le détail de l'expédition enragée de deux aristocrates qui s'enfoncent dans la jungle congolaise jusqu'aux confins du monde, aiguillonnés par la fièvre de l'or. Avec Marcus, ils vont mener la première guerre verticale de l'histoire contre une armée insolite surgie des entrailles de la terre. Par convoitise pour une de ces créatures, les hommes ouvrent la boîte de Pandore et les intenses tropiques débrident ceux qui ne savent plus tenir leur rang. Les sang-bleu se révèlent de fieffées canailles et un pauvre domestique s'érige en sauveur de l'humanité.
Une intrigue forte, des personnages attachants, malgré leurs défauts; la description rappelle un peu « Tintin au Congo », ce côté colonial – parfaitement volontaire, puisque le titre de l'ouvrage, « Pandore au Congo », fait lui-même référence à un roman de genre. Tous les ingrédients de l'histoire d'amour impossible sont ici réunis, tellement que c'en est louche; mais le rythme soutenu empêche le lecteur de trop se poser de questions. Pinol l'emmène où il veut, le promène dans son monde et multiplie les niveaux de lecture (l'histoire de l'auteur du texte, celle de Marcus Garvey, le positionnement de la réalité, entre mythe et mensonge, avec quelques soupçons de vérité), le déroutant pour mieux l'émerveiller, déroulant les fausses pistes et clins d'oeil.
Le roman du roman, « Pandore au Congo », est dans le roman un exemple à ne pas suivre, exactement ce qu'il ne faut pas faire (intrigue ultra-simpliste, personnages découpés à la machette, caractères inexistants, incohérences); pourtant, l'auteur, qui fait travailler le héros comme nègre, gagne bien sa vie et vend semble-t-il ses romans sans problème – pourtant écrits à la va-vite. Au contraire, le biographe de Garvey (la référence au prophète, à l'auteur, à l'image/héros populaire ne fait aucun doute) récrit plusieurs fois son roman, passe énormément de temps à se documenter, à affiner sa prose pour être le plus proche possible de ce qui lui semble être la réalité (ou le point de vue de Garvey? Ou le sien?); à tel point qu'il tombera amoureux d'une femme qu'il n'a jamais vu, ne verra jamais et n'existe que dans ses fantasmes d'aventures. Il partira à la guerre, mais les tranchées n'entameront pas son enthousiasme vis-à-vis de Garvey. Un roman passionnant à plusieurs niveaux de lecture.
19:22 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : pandore au congo, pinol
04.08.2009
À la poursuite de l'avant-monde
À la poursuite de l'avant-monde de Colin Marchika (2006)
C. Marchika est l'auteur de l'excellent « les gardiens d'Aleph-Deux », c'est pourquoi je n'ai pas trop hésité à me plonger dans ce roman, malgré un résumé un peu indigent:
L'Avant-Monde : une ère de démesure et de chaos, qui s'acheva dans un cataclysme intergalactique où périrent la plupart des Anciens immortels. Cinq siècles plus tard, le reporter Samuel T. Rull part à la poursuite des survivants de l'Avant-Monde... Il y a dans cette histoire un chasseur de monstres, des sèche-cheveux, un gros crapaud, une brochette de tueurs, une grande blonde qui se croit belle, un sabreur qui se croit malin, deux ou trois gnognoz, une flotte impériale, des indépendantistes brasques, un magicien, les Méduses de l'espace, et même l'Ultime Trahi. Des Blops, aussi. Un beau bordel, en somme.
mais finalement, cette quatrième de couverture rend justice au roman – et la justice est parfois froidement aveugle. Un beau bordel, qui réunit tous les ingrédients du space-opera, mais rien de vraiment original. La touche d'humour est irrégulière, et la présence d'éléments inattendus fait espérer une forme de nonsense qui ne viendra jamais. Tout se mettra doucement en place – peu importe l'histoire, finalement, puisque l'auteur reconnaît dans son ouvrage avoir pompé les classiques de la SF. On se retrouve avec une alternance de chapitres: les premiers suivent plusieurs personnages dans leurs péripéties (de véritables acrobaties galactiques, où l'héroïne, journaliste de son état, se retrouve à enquêter sur le centre d'intérêts principal de son père – ce autour de quoi tourne sa vie, ne chercher pas le pathos, non... - l'Avant-monde du titre. Elle est accompagnée de super-héros (les fameux Anciens) capables de presque tout et ne risquant donc quasiment rien. Dans cet alternance de chapitres, les seconds sont (encore) plus ennuyeux: l'auteur nous détaille l'histoire de l'empire, par le biais de ses personnages les plus marquants, employant une touche d'ironie qui, malheureusement, ne fait qu'éloigner le lecteur d'une histoire dont tout le monde se fout éperdument (à commencer par l'auteur, qui reconnaît précisément en cet endroit avoir réutilisé Dune, Star wars etc. Dans ce cas, pourquoi le lecteur devrait-il perdre son temps avec ce qu'il connait déjà?)
Une déception donc, à tempérer malgré tout: c'est bien écrit, les personnages existent, le rythme est soutenu.
08:19 Publié dans Livre, science-fiction | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : marchika, sf, critique
29.04.2009
Une fille comme les autres de Jack Ketchum
Une fille comme les autres de Jack Ketchum
Meg est une adolescente. Prisonnière. Torturée.
Il y a ceux qui en profitent, ceux qui s en foutent et ceux qui voudraient l'aider.
La quatrième de couverture, Stephen King dans sa préface nous avertissent : on ne va pas rire, pas du tout. On va être plonger dans l'horreur la plus crue, la souffrance la plus abjecte. À chacun de voir s'il veut faire le voyage et suivre le texte jusqu'au bout, long chemin à l'issue trop évidente, mais dont on se prend à espérer que, peut-être... Ce roman de 1989 a donc été tardivement traduit, mais on ne peut que féliciter l'éditeur. C'est donc le genre de livre où vous savez comment se termine l'histoire, ses grandes lignes. Et pourtant... pourtant, vous ne pouvez vous empêcher de lire, de suivre le récit, une dose d'incrédulité, d'horreur sourde. Les seuls moments de répit qu'offre Ketchum sont ceux où vous poserez le livre... écrit de manière simple et efficace, sans effet de style superflu, « une fille comme les autres » effraie; par le récit du narrateur, justement, qui a laissé faire et, des années plus tard, ne s'explique toujours pas son comportement. Par la banalité de l'environnement, qui rappelle tant de faits divers actuels – ou passés; l'auteur raconte justement qu'il s'est basé sur des faits réels, qu'il a expurgé. Par l'escalade de la violence exercée par des enfants, sous contrôle d'une adulte. Le regard un peu lointain du voisin ne temporise rien, ne soulage pas la souffrance de cette (presque)martyr, elle et sa petite sœur abusée, qui souffrent simplement pour expier le mal-être, la haine de celle qui les a recueillies.
On sort difficilement d'une telle lecture, même si elle met mal à l'aise; elle interroge, sur le rapport à l'autorité, aux limites que l'on s'impose, à la perception que l'on a des autres. Elle interroge sur notre propre comportement: qu'aurions-nous réellement fait?
19:40 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ketchum, fille comme les autres, horreur, thriller, lecture
06.04.2009
Le haut-lieu et autres espaces inhabitables
Par Serge Lehman
Un grand appartement oublié de l'île Saint-Louis dont les portes et les pièces disparaissent les unes après les autres. Un bureau secret du ministère de l'Intérieur chargé d'explorer la banlieue parisienne pour y trouver les preuves de l'existence de Dieu. Une entreprise géante qui fait surveiller ses employés par des espions semi-visibles. Une ville utopique construite d'après Fritz Lang et hantée par un mystérieux " Charbonnier ". Six histoires étranges, drôles, tragiques, métaphysiques.
Lehman se fait rare, bien trop rare… Ce recueil réunit plusieurs de ses nouvelles, pas forcément récentes. Leurs points communs ? Elles créent toutes un univers qui leur est propre, une ambiance particulière, liée à la création, au fait créateur, à la naissance d’une forme littéraire.
Chacun des récits semble bâti solidement, de par une exploration des idées, des conséquences du « et si » initial impressionnante. Il y développe un monde, un environnement propre, une ambiance particulière (le Haut lieu m’a rappelé Lovecraft). La création, l’écriture et l’archivage semblent être les points de rapprochement des nouvelles, confrontant directement l’auteur à son œuvre, questionnant la relation à l’art, de la naissance d’une œuvre à son « stockage ».
En bref, un très bon recueil, très bien écrit, intelligent.
Une interview récente de l’auteur
20:34 Publié dans Livre, science-fiction | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : sf, lehman, littérature
03.04.2009
Les volontaires de la mort
Résumé d'un article de sciences humaines (numéro 166, décembre 2005)
Volontaires de la mort (volonté : tension de l’esprit vers l’action)
1.psychosociologie du suicide : égoïsme, aversion pour sa propre personne, pour sa communauté.
2.suicide « altruiste » : pour sauver un proche, débarrasser du fardeau de sa propre existence.
3.sacrifice guerrier : mourir pour sauver ses camarades de combat ; aucun goût pour le suicide ; gain pour le groupe > instinct de conservation et valeur de soi-même.
4.sacrifice politique : protester contre un régime ; projeter sur un adversaire la responsabilité de sa mort.
Récupération de la notion de martyre, qui devient une arme de guerre, dans le cadre d’une stratégie, soulignant l’asymétrie de puissance.
Pour une religion condamnant le suicide et le meurtre, ce sont là 2 interdits à surmonter :
Le sacrifice doit donc être réputé « altruiste » (abnégation de soi en faveur de la cause)
La victime doit être réifiée, devenir une chose impure et malfaisante.
Le volontaire de la mort :
Est animé d’une grande intériorisation de la cause.
Ça n’est pas un désespéré, mais un « joueur » tragique.
Peut avoir l’impression d’être soumis à une répression sans fin, une situation sans issue.
Il a la conviction que de son « sacrifice » sortira une situation meilleure pour sa cause et sa communauté (espérance de gain pour autrui).
(L’attrait du paradis n’est pas une motivation suffisante.)
Il doit maîtriser sa chair et contrôler son esprit.
Il doit surmonter sa propre humanité (pour ne pas se voir comme une victime).
Origines sociales diverses.
Les « valeurs sacrées » sont associées à des prérequis déontologiques plutôt qu’à des règles liant acte et conséquences. Un individu peut agir sans se préoccuper des chances de ses succès.
2 types de chefs :
Inspirateur : lointain ; révérence, incarne la cause.
Instructeur : fabricant du volontaire de la mort, mis en condition physique et psychologique. Il fait prêter au VM un serment, soulignant sa soumission volontaire. Il assure également le développement du culte des VM.
Un euphorisant léger peut apaiser l’instinct de conservation, tout en conservant la lucidité nécessaire à l’action.
L’ennemi sera réifier, pour annihiler tout sentiment de communauté humaine.
Monter l’opération :
Recueillir les renseignements
Préparer l’action (reconnaissance de la cible)
Logistique simple (explosifs faciles à fabriquer)
Opération suicide : arme des plus faibles, riposte d’ultime recours, afin d’inverser le rapport de force.
Arme utile, peu chère, efficace et facilement renouvelable. Elle repose sur l’intelligence humaine.
08:45 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : mort, kamikaze
29.03.2009
Pour un principe matérialiste fort de Jean-Paul Baquiast
« Le matérialisme est d’abord une conviction. Il consiste à croire que tout ce qui existe dans l’univers, jusqu’à l’homme, son esprit et sa conscience morale, résulte d’une évolution spontanée des composants matériels de l’univers. Les religions sont convaincues du contraire, prônant que rien de ce qui existe dans l’univers ne serait apparu sans l’intervention d’un Dieu tout puissant, situé hors de l’espace et du temps, mais capable d’intervenir à tout moment dans notre monde pour y imposer sa volonté.
Le matérialisme s’appuie sur la raison et plus particulièrement sur la recherche scientifique expérimentale, pour qui l’énoncé d’une loi décrivant le monde doit être justifié par une démonstration objective que toute personne dotée de raison puisse refaire en tous temps et en tous lieux. Ceci n’est en rien contradictoire avec le fait que la science propose constamment de nouvelles lois et de nouvelles expériences visant à les justifier. Les religions, à l’opposé, s’appuient sur l’affectivité qui est fondamentalement subjective et dont les grands ressorts évoluent peu au travers des lieux et des époques.
Tout naturellement, le matérialisme moderne est donc scientifique et la science moderne est donc matérialiste. »
Toutes les annexes et détails sur le site de l'éditeur.
L'auteur fait donc preuve d'un matérialisme salutaire, le développe et l'opposant au spiritualisme ambiant, qui prend de plus en plus de place aujourd'hui. Il détaille un grand nombre de sciences actuelles, fait le point des avancées sur plusieurs niveaux, pas seulement scientifiques mais aussi philosophiques.
La défense d'une vision athée est évidemment nécessaire, surtout quand le dogmatisme fait un retour discret mais véritable; les sciences ont donc besoin de défenseurs, d'arguments, ce que JP Baquiast exécute brillament dans son ouvrage. Il expose un certain nombre de "nouvelles" sciences, de chercheurs "à la marge", pour mieux soutenir son propos et montrer la nécessité de ce matérialisme, à l'heure où certaines religions décident que les sciences doivent passer par leur biais.
09:59 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : matérialisme, baquiast, science, spiritualisme
12.03.2009
Capitalism and freedom par Milton Friedman
Milton Friedman, prix Nobel de sciences économiques en 1976, présente ici sa vision du capitalisme, le fonctionnement d'un marché libre qui permettent donc d'atteindre selon lui une forme de liberté politique.
Friedman est donc le chantre du libéralisme, opposé à toute intervention de l'Etat dans les questions économiques ou financières. Pourquoi? « Tout simplement » parce que celles-ci constituent des restrictions des libertés. Le gouvernement doit donc, selon lui, retirer toute régulation, ne pas se mêler des affaires sociales ou du marché, puisque celui-ci peut et doit s'équilibrer de lui-même. Même si sa position est assez extrême à mon goût (il propose également la disparition des écoles publiques, le retrait d'un certain nombre de licences etc.), il est très intéressant de constater qu'aujourd'hui son idéologie est à la base du fonctionnement de notre société et de la mondialisation.
13:08 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : friedman, capitalisme, libéralisme


