31.08.2009
Noir de K.W. Jeter
Roman policier-SF, Noir plonge le lecteur dans un futur qui ne parait pas si lointain, où les droits d’auteur ont acquis une importance cruciale au niveau économique. Chacun a désormais acquis le droit de protéger ses œuvres, quelles qu’elles soient. Pourquoi ? Pour protéger toute œuvre, toute création, qui représente le fruit d’un travail, tandis que les pirates se multiplient et que le trafic devient plus présent. Pour lutter contre cela, le « bureau de recouvrement » a été créé, ayant carte blanche pour arrêter toute tentative d’infraction ; pas de jugement, pas de présumé innocent. Et les « asp-ions », dont le personnage principal, McNihil, faisait partie, ne font pas dans la demi-mesure. Le traitement du pirate est donc violent : abattu, une partie de son cerveau (encore capable de ressentir, et surtout de souffrir) est ensuite insérée dans un objet qui servira de trophée à l’ayant droit : traitement exemplaire aux résultats mitigés, puisque de nombreux pirates continuent de sévir. Et pas à un mot sur le coût de cette mise en scène (je suis sûr que l’artiste préfèrerait recevoir un bon chèque plutôt qu’un grille-pain permettant de faire souffrir son pirate…).
McNihil donc, au passé sombre, à la femme décédée… tous les clichés du genre sont tout naturellement réunis ; mais il possède une particularité, deux implants dans les yeux qui lui permettent d’échapper au quotidien, et lui font voir le monde en N&B, comme un film policier des années 50 (adaptation des personnes rencontrées aux vêtements de l’époque, décors, immeubles, odeurs). Mais parfois, face des objets technologiques, ou bien au creux d’un reflet, la réalité surgit dans son univers personnel.
Dernier élément remarquable de ce futur, quand vous êtes mort, vous n’êtes pas encore au repos. Ceux qui ont encore des dettes à l’heure du trépas ne lèguent donc pas leurs problèmes à leur descendance, mais sont maintenus en vie partielle, isolés à l’extérieur de la ville, à faire des petits boulots, pour rembourser les emprunts/dettes/intérêts. Pour les plus chanceux, c’est l’enterrement/crémation. Vous pouvez ainsi rendre visite à vos proches, qui sont particulièrement détachés de votre monde, puisque dans le leur (à la porte de la ville pourtant) TOUT s’émiette, se détruit. Les morts ont pourtant un avantage (en plus de rapporter de l’argent) : ils perçoivent différemment le monde, et peuvent informer les vivants sur ce qui les touche, leurs avenirs possibles, véritables Pythies infernales.
Dernier point remarquable (si si), ce monde virtuel, également décrit comme un univers de polar ; pour rechercher des informations, vous n’utilisez plus de moteur de recherche (pour les plus fortunés), vous utilisez un « errant », une sorte d’humain virtuel, sans conscience véritable mais entraîné à connaître vos recherches, centres d’intérêt etc. évidemment, tout n’est pas si simple, puisqu’il y aura davantage de conscience que prévu dans ces logiciels (on pense à la Cité des permutants, de Egan) ; pour se connecter, vous retrouvez votre errant dans un bar « spécialisé », où ceux-ci se retrouvent entre 2 missions.
Le scénar ? Un homme meurt au sein d’une grosse société, DynaZauber, et McNihil se charge d’enquêter ; il fera bien sûr face à ses démons intérieurs… mais aussi à toutes sortes de résistance. Il tombera dans des pièges plus gros que lui, ne résistera pas aux charmes fifties des femmes qu’il rencontre… Dit comme cela, cela fait très déjà vu ; effectivement, la seule « nouveauté » de cette histoire est son univers poisseux, où l’homme n’est plus qu’une parodie d’humain, transformé en machine en pièces détachées, corvéable sans que personne n’y trouve rien à redire – c’est comme ça. Les relents de Blade Runner sont très forts, donc, avec une ambiance évidemment noire (oui, il doit y avoir un lien avec le titre…). Malgré des lourdeurs répétées, une action très lente, l‘humour (noir, bien sûr) apporte une légère touche de couleur (pastel plutôt) bienvenue.
22:35 Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : noir, jeter, sf
30.08.2009
Guerre de rien de Jacques Barbéri
Guerre de rien de Jacques Barbéri (1990)
Un monde post-apocalyptique. L'intelligence artificielle gérait tout pour l'homme, la guerre en particulier, et l'affrontement de 2 IA a ravagé la terre et l'humanité. Bor, "nourrice" d'une de ces IA, voit le début de la guerre, est cryogénisé malgré lui et découvre à son réveil son ancien monde dévasté, transformé. Il jouera donc le Candide tout au long de son voyage (initiatique, bien sûr), de ses découvertes des infinies capacités d'adaptation de l'organisme humain.
Et puis il trouvera sa place, au milieu d'être difformes (pour lui), différents, changés mais adaptés. Il décidera de lutter contre les IA qui ont ainsi transformées les hommes.
Très bien écrit, beaucoup d'imagination (la fin est cependant un peu trop rapide), des personnages bien développés. Le style est très agréable et immerge véritablement le lecture à la suite de Candide. Un faux air de Brussolo pour les descriptions, notamment pour les "extensions" de la ville.
10:56 Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : barberi, guerre de rien, sf
18.08.2009
Pandore au Congo d'Albert Sanchez Pinol
1914. L'Empire britannique est à son zénith et Londres s'apprête à subir les foudres du Kaiser. Thommy Thomson œuvre dans l'ombre pour un plumitif mégalomane quand un avocat lui propose un marché insolite : écrire l'histoire de son client, Marcus Garvey, un gitan accusé d'avoir assassiné au Congo les fils du duc qu'il servait. Publié avant le procès, le récit concourt par son immense succès à sauver de la potence celui que tout accuse. Il met au jour le détail de l'expédition enragée de deux aristocrates qui s'enfoncent dans la jungle congolaise jusqu'aux confins du monde, aiguillonnés par la fièvre de l'or. Avec Marcus, ils vont mener la première guerre verticale de l'histoire contre une armée insolite surgie des entrailles de la terre. Par convoitise pour une de ces créatures, les hommes ouvrent la boîte de Pandore et les intenses tropiques débrident ceux qui ne savent plus tenir leur rang. Les sang-bleu se révèlent de fieffées canailles et un pauvre domestique s'érige en sauveur de l'humanité.
Une intrigue forte, des personnages attachants, malgré leurs défauts; la description rappelle un peu « Tintin au Congo », ce côté colonial – parfaitement volontaire, puisque le titre de l'ouvrage, « Pandore au Congo », fait lui-même référence à un roman de genre. Tous les ingrédients de l'histoire d'amour impossible sont ici réunis, tellement que c'en est louche; mais le rythme soutenu empêche le lecteur de trop se poser de questions. Pinol l'emmène où il veut, le promène dans son monde et multiplie les niveaux de lecture (l'histoire de l'auteur du texte, celle de Marcus Garvey, le positionnement de la réalité, entre mythe et mensonge, avec quelques soupçons de vérité), le déroutant pour mieux l'émerveiller, déroulant les fausses pistes et clins d'oeil.
Le roman du roman, « Pandore au Congo », est dans le roman un exemple à ne pas suivre, exactement ce qu'il ne faut pas faire (intrigue ultra-simpliste, personnages découpés à la machette, caractères inexistants, incohérences); pourtant, l'auteur, qui fait travailler le héros comme nègre, gagne bien sa vie et vend semble-t-il ses romans sans problème – pourtant écrits à la va-vite. Au contraire, le biographe de Garvey (la référence au prophète, à l'auteur, à l'image/héros populaire ne fait aucun doute) récrit plusieurs fois son roman, passe énormément de temps à se documenter, à affiner sa prose pour être le plus proche possible de ce qui lui semble être la réalité (ou le point de vue de Garvey? Ou le sien?); à tel point qu'il tombera amoureux d'une femme qu'il n'a jamais vu, ne verra jamais et n'existe que dans ses fantasmes d'aventures. Il partira à la guerre, mais les tranchées n'entameront pas son enthousiasme vis-à-vis de Garvey. Un roman passionnant à plusieurs niveaux de lecture.
19:22 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : pandore au congo, pinol
Coco
de et avec Gad Elmaleh (2009)
Gad Elmaleh fait des spectacles drôles, développant une palette de personnages sympathiques, avec leurs défauts mais aussi leurs qualités. Dans Coco, rien de ça. L'argent, l'argent et encore l'argent. Tout brille d'un éclat noir, malsain, manière sans doute de remplir un vide abyssal, avec un personnage (qui n'est ni héros ni anti-héros, de manière très singulière, il n'est rien, ne raconte rien, ce sont ses biens qui parlent pour lui; ôtez-lui ses affaires, que pouvez-vous dire de Coco?) frustré et frustrant pour le spectateur (sur la durée du film, saura-t-il évoluer?). L'histoire? Un type plein d'argent veut remplir le stade de France pour célébrer la barmitzva de son fils. Mais comme tout le monde n'est pas d'accord, ses proches s'acharneront à lui mettre des bâtons dans les roues, certains poussant le vice à lui démontrer que l'argent n'achète pas tout. Coco est donc un homme devenu riche, à la tête d'un empire financier (mais il fait quoi? Il a invité l'eau frétillante? Comment, pourquoi? Même dans la comédie, il faut assurer un minimum de crédibilité...), mais ne sachant apparemment rien faire d'autre que dépenser l'argent – moteur de l'humour qui émaillera le film.
On ne retrouve rien ici de ce qui a pu faire le succès des portraits dressés par Elmaleh, séduisants par leurs défauts. Ici l'argent règne en maitre, dépositaire des relations entre les hommes, dirigeant l'intrigue pour en jeter au maximum à la figure. Il n'y a donc rien à tirer de ce film à gros budget, navrant et et tristement dénué d'humanité.
19:06 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : coco, gad elmaleh, daube
04.08.2009
À la poursuite de l'avant-monde
À la poursuite de l'avant-monde de Colin Marchika (2006)
C. Marchika est l'auteur de l'excellent « les gardiens d'Aleph-Deux », c'est pourquoi je n'ai pas trop hésité à me plonger dans ce roman, malgré un résumé un peu indigent:
L'Avant-Monde : une ère de démesure et de chaos, qui s'acheva dans un cataclysme intergalactique où périrent la plupart des Anciens immortels. Cinq siècles plus tard, le reporter Samuel T. Rull part à la poursuite des survivants de l'Avant-Monde... Il y a dans cette histoire un chasseur de monstres, des sèche-cheveux, un gros crapaud, une brochette de tueurs, une grande blonde qui se croit belle, un sabreur qui se croit malin, deux ou trois gnognoz, une flotte impériale, des indépendantistes brasques, un magicien, les Méduses de l'espace, et même l'Ultime Trahi. Des Blops, aussi. Un beau bordel, en somme.
mais finalement, cette quatrième de couverture rend justice au roman – et la justice est parfois froidement aveugle. Un beau bordel, qui réunit tous les ingrédients du space-opera, mais rien de vraiment original. La touche d'humour est irrégulière, et la présence d'éléments inattendus fait espérer une forme de nonsense qui ne viendra jamais. Tout se mettra doucement en place – peu importe l'histoire, finalement, puisque l'auteur reconnaît dans son ouvrage avoir pompé les classiques de la SF. On se retrouve avec une alternance de chapitres: les premiers suivent plusieurs personnages dans leurs péripéties (de véritables acrobaties galactiques, où l'héroïne, journaliste de son état, se retrouve à enquêter sur le centre d'intérêts principal de son père – ce autour de quoi tourne sa vie, ne chercher pas le pathos, non... - l'Avant-monde du titre. Elle est accompagnée de super-héros (les fameux Anciens) capables de presque tout et ne risquant donc quasiment rien. Dans cet alternance de chapitres, les seconds sont (encore) plus ennuyeux: l'auteur nous détaille l'histoire de l'empire, par le biais de ses personnages les plus marquants, employant une touche d'ironie qui, malheureusement, ne fait qu'éloigner le lecteur d'une histoire dont tout le monde se fout éperdument (à commencer par l'auteur, qui reconnaît précisément en cet endroit avoir réutilisé Dune, Star wars etc. Dans ce cas, pourquoi le lecteur devrait-il perdre son temps avec ce qu'il connait déjà?)
Une déception donc, à tempérer malgré tout: c'est bien écrit, les personnages existent, le rythme est soutenu.
08:19 Publié dans Livre, science-fiction | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : marchika, sf, critique


