29.04.2009

Une fille comme les autres de Jack Ketchum

510R4q9uLKL._SL160_PIsitb-sticker-arrow-dp,TopRight,12,-18_SH30_OU08_AA115_.jpgUne fille comme les autres de Jack Ketchum

Meg est une adolescente. Prisonnière. Torturée.
Il y a ceux qui en profitent, ceux qui s en foutent et ceux qui voudraient l'aider.

La quatrième de couverture, Stephen King dans sa préface nous avertissent : on ne va pas rire, pas du tout. On va être plonger dans l'horreur la plus crue, la souffrance la plus abjecte. À chacun de voir s'il veut faire le voyage et suivre le texte jusqu'au bout, long chemin à l'issue trop évidente, mais dont on se prend à espérer que, peut-être... Ce roman de 1989 a donc été tardivement traduit, mais on ne peut que féliciter l'éditeur. C'est donc le genre de livre où vous savez comment se termine l'histoire, ses grandes lignes. Et pourtant... pourtant, vous ne pouvez vous empêcher de lire, de suivre le récit, une dose d'incrédulité, d'horreur sourde. Les seuls moments de répit qu'offre Ketchum sont ceux où vous poserez le livre... écrit de manière simple et efficace, sans effet de style superflu, « une fille comme les autres » effraie; par le récit du narrateur, justement, qui a laissé faire et, des années plus tard, ne s'explique toujours pas son comportement. Par la banalité de l'environnement, qui rappelle tant de faits divers actuels – ou passés; l'auteur raconte justement qu'il s'est basé sur des faits réels, qu'il a expurgé. Par l'escalade de la violence exercée par des enfants, sous contrôle d'une adulte. Le regard un peu lointain du voisin ne temporise rien, ne soulage pas la souffrance de cette (presque)martyr, elle et sa petite sœur abusée, qui souffrent simplement pour expier le mal-être, la haine de celle qui les a recueillies. 
On sort difficilement d'une telle lecture, même si elle met mal à l'aise; elle interroge, sur le rapport à l'autorité, aux limites que l'on s'impose, à la perception que l'on a des autres. Elle interroge sur notre propre comportement: qu'aurions-nous réellement fait?

10.04.2009

Une playlist sur deezer

Voilà, je teste les playlists sur deezer, c'est plutôt bien fait. En voilà une petite faite de reprises, dans différents styles, du plus calme au plus rock.

 

06.04.2009

Le haut-lieu et autres espaces inhabitables

51zZgyIxXlL._SL160_AA115_.jpgPar Serge Lehman

Un grand appartement oublié de l'île Saint-Louis dont les portes et les pièces disparaissent les unes après les autres. Un bureau secret du ministère de l'Intérieur chargé d'explorer la banlieue parisienne pour y trouver les preuves de l'existence de Dieu. Une entreprise géante qui fait surveiller ses employés par des espions semi-visibles. Une ville utopique construite d'après Fritz Lang et hantée par un mystérieux " Charbonnier ". Six histoires étranges, drôles, tragiques, métaphysiques.

Lehman se fait rare, bien trop rare… Ce recueil réunit plusieurs de ses nouvelles, pas forcément récentes. Leurs points communs ? Elles créent toutes un univers qui leur est propre, une ambiance particulière, liée à la création, au fait créateur, à la naissance d’une forme littéraire. 
Chacun des récits semble bâti solidement, de par une exploration des idées, des conséquences du « et si » initial impressionnante. Il y développe un monde, un environnement propre, une ambiance particulière (le Haut lieu m’a rappelé Lovecraft). La création, l’écriture et l’archivage semblent être les points de rapprochement des nouvelles, confrontant directement l’auteur à son œuvre, questionnant la relation à l’art, de la naissance d’une œuvre à son « stockage ». 
En bref, un très bon recueil, très bien écrit, intelligent.

Une interview récente de l’auteur

05.04.2009

Personnages et Point de vue

51nM52T1OmL._SL160_AA115_.jpgPar Orson Scott Card (1988)

L'éditeur Bragelonne sort donc une 'suite" aux conseils d'écriture de Card aux apprentis auteurs.

Pas mal de choses intéressantes, même si elles semblent évidentes. Il explique simplement et concrètement comment développer ses personnages (à faire donc avant l'histoire), les difficultés que l'on peut rencontrer, ce qui intéressent généralement les lecteurs etc.

Les grandes lignes:

Personnages
histoire
physique
nom (significatif ou non)
formation pro ou non
réseau social (amis + famille)
travail
passé non raconté: habitudes, tics
talents, aptitudes
goûts & préférences
orientation sexuelle
religion ou non
attention à l'utilisation des clichés
ce qui est développé doit être utile à l'histoire
ne pas oublier de travailler qq personnages mineurs

pourquoi devrait-on s'intéresser à ce personnage?
Qu'est-ce qui peut mal tourner?
Qui souffre de la situation?

Jouer avec les émotions du lecteur:
souffrances: pas la peine de détailler les souffrances physiques, plutôt causes et effets
menace ressentie
tension sexuelle (la créer intéresse le lecteur; créer un couple entre les personnages principaux la fait disparaître, donc à prendre en compte)

sentiments créés par le personnage:
1è impression (sympathie? Curiosité? Incompréhension?)
attirance
imperfections

attention à l'usage de l'humour, complicité nécessaire.
Attention à raconter plus qu'à montrer (plus d'action que de descriptions)

Évolution des personnages; tjrs à justifier.

Voix employée pour raconter l'histoire (1è ou 3è personne?), impact différent.

03.04.2009

Les volontaires de la mort

Résumé d'un article de sciences humaines (numéro 166, décembre 2005)

Volontaires de la mort (volonté : tension de l’esprit vers l’action)
1.psychosociologie du suicide : égoïsme, aversion pour sa propre personne, pour sa communauté.
2.suicide « altruiste » : pour sauver un proche, débarrasser du fardeau de sa propre existence.
3.sacrifice guerrier : mourir pour sauver ses camarades de combat ; aucun goût pour le suicide ; gain pour le groupe > instinct de conservation et valeur de soi-même.
4.sacrifice politique : protester contre un régime ; projeter sur un adversaire la responsabilité de sa mort.

Récupération de la notion de martyre, qui devient une arme de guerre, dans le cadre d’une stratégie, soulignant l’asymétrie de puissance.

Pour une religion condamnant le suicide et le meurtre, ce sont là 2 interdits à surmonter :
Le sacrifice doit donc être réputé « altruiste » (abnégation de soi en faveur de la cause)
La victime doit être réifiée, devenir une chose impure et malfaisante.

Le volontaire de la mort :
Est animé d’une grande intériorisation de la cause.
Ça n’est pas un désespéré, mais un « joueur » tragique.
Peut avoir l’impression d’être soumis à une répression sans fin, une situation sans issue.
Il a la conviction que de son « sacrifice » sortira une situation meilleure pour sa cause et sa communauté (espérance de gain pour autrui).
(L’attrait du paradis n’est pas une motivation suffisante.)
Il doit maîtriser sa chair et contrôler son esprit.
Il doit surmonter sa propre humanité (pour ne pas se voir comme une victime).

Origines sociales diverses.
Les « valeurs sacrées » sont associées à des prérequis déontologiques plutôt qu’à des règles liant acte et conséquences. Un individu peut agir sans se préoccuper des chances de ses succès.

2 types de chefs : 
Inspirateur : lointain ; révérence, incarne la cause.
Instructeur : fabricant du volontaire de la mort, mis en condition physique et psychologique. Il fait prêter au VM un serment, soulignant sa soumission volontaire. Il assure également le développement du culte des VM.

Un euphorisant léger peut apaiser l’instinct de conservation, tout en conservant la lucidité nécessaire à l’action. 

L’ennemi sera réifier, pour annihiler tout sentiment de communauté humaine.

Monter l’opération : 
Recueillir les renseignements
Préparer l’action (reconnaissance de la cible)
Logistique simple (explosifs faciles à fabriquer)

Opération suicide : arme des plus faibles, riposte d’ultime recours, afin d’inverser le rapport de force. 
Arme utile, peu chère, efficace et facilement renouvelable. Elle repose sur l’intelligence humaine.

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