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17.04.2008
Artefact par Maurice G. Dantec
La démarche de l’écrivain Dantec est très intéressante ; du moins, elle a toujours trouvé grâce à mes yeux ; ses romans les plus abscons sont passionnants, car il y a toujours une recherche sur le langage, la narration et son rapport au monde. Les conséquences en étaient une maladresse certaine, une lourdeur parfois abyssale, un risque constant de larguer ses lecteurs les moins patients. Ici, Dantec semble avoir retenu la leçon ; problème, il tombe dans l’excès inverse, s’adresse à des enfants et leur répète 15 fois la même chose. Sans compter quelques points « surprenants » : les 2 personnagees (un extra-terrestre, dans la peau d’humains depuis 1000 ans) et une petite fille s’expriment de la même manière. Sans compter que l’ET en question disposait d’un super-méga-système (non non, pas de méta ici) qui lui permet de tout voir dans le passé et le futur, mais sans connaître « tous les détails qui se rattachent à lui-même » - une sorte d’angle mort. Mais sans avoir vu ce qui allait se passer par la suite – bref, une construction narrative bancale. On pourra toujours justifier ça en arguant de la culture SF de l’auteur, d’une envie de jouer avec les conventions… Mouaif. Pour moi, ça plombe un peu la cohérence de l’univers créé.
Encore une fois, je n’ai lu que le quart de l’ouvrage. Pas plus. Largué par un ennui profond, ce (bout de) livre a pour moi été une déception. Peut-être la fin relève-t-elle le niveau ?
19:00 Publié dans Livre, science-fiction | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : dantec, artefact, sf, towers, apocalypse
16.04.2008
Hey Nostradamus de Douglas Coupland
1999 : Jason assiste au mémorial pour la mort de son frère, se rappelle de Cheryl et de l’enfant qu’elle portait et tente de vivre comme il peut.
2002 : Heather se souvient de son ami Jason, qui a disparu. Jusqu’à ce que ses mots reviennent la hanter par l’entremise d’une fausse voyante.
2003 : Reg espère encore retrouver son fils, Jason.
Un roman emprunt d’une tristesse continue ; après tout, la mort est continuellement présente, quoi que fassent les hommes. Mais comment la gérer au quotidien ? On a donc d’abord le regard Cheryl, jeune décédée, puis celui de Jason, son mari, morte dans ses bras, presque accusé de l’avoir tuée, tentant de remonter la pente, ensuite le récit de Heather, petite amie de Jason longtemps après les évènements, et enfin Reg, père de Jason, qui portera un regard amer sur sa vie, son constat d’échec – mais conservera toujours une lueur d’espoir, une foi, qui n’est pas forcément celle de la religion. Quatre récits, quatre visions du monde, quatre directions différentes et pourtant se recoupant, quatre évangiles, porteurs à leur manière d’un espoir à la suite d’un massacre.
Pourquoi cette référence à Nostradamus ? Sans doute pour les nombreuses prières qui émaillent le récit, adressées à un Dieu lointain, incompréhensible car ayant laissé faire le pire. Ou bien par la position de chacun, par rapport à lui-même, aux autres, à Dieu, et à l’ambiguité de l’ensemble : finalement, il n’y a pas une réponse aux « grandes questions » mais une multitude, qui varient d’un individu à l’autre, qui fluctuent selon sa vie.
Coupland décrit la pseudo-vie après la mort, la survie après la mort des autres, la survie de ceux qui vivent avec les survivants etc. (vous voyez l’idée ?) Rien de très gai, donc, malgré quelques pointes d’humour. L’absence, le manque remplissent les pages de « Hey Nostradamus », et chacun tente de le combler comme il le peut. Cela peut passer par la recherche de Dieu, par la colère, par la tentative de mener une vie d’ascète… Chacun sa méthode, mais Coupland plonge sa plume bien loin dans l’âme de ses personnages, passant leurs motivations, scrupules et autres petitesses au microscope, sans rien leur passer, obligés de tout dévoiler, vivants ou morts. Et Dieu dans tout cela ? Il participe à toutes les vies, mais n’affirme jamais sa présence ; à chacun, donc, de le voir là où il le souhaite.
Le massacre des lycéens par des « mass murderers », trois gamins assassins pitoyables massacrant à l’arme à feu d’autres lycéens, est donc le point de départ, l’alpha et l’oméga. Comme le rappellent les personnages, cet évènement, bien que fondateur dans leur vie et dans celle de nombreux autres, n’a rien de positif, pas la moindre séquelle positive ; tandis que certains prient pour les meurtriers, d’autres essaient de trouver le sommeil, de comprendre comment certains croient en un Dieu qui laisse faire un tel massacre. Ainsi Coupland disserte sur la vie, la mort, les grandes questions de l’univers etc. Chargé continuement d’émotions, d’une foi, le roman déroule la vie de ses personnages patiemment, lentement, sûrement, telle la vie suivant son cours.
19:30 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : nostradamus, coupland, mort, religion, dieu, massacre, columbine
Le tunnel de Ernesto Sabato
Où l’on suit la lente et inexorable progression d’un homme, le chemin/tunnel qui le mène jusqu’à l’assassinat de celle qu’il l’aime – ou prétend aimer – tout de moins de celle qui lui semble la seule à avoir compris sa peinture (position dont il n’obtiendra jamais confirmation, se serait-il fourvoyer ?). et l’on suit cet homme dans ses réflexions, ses doutes, ses questionnements permanents, son comportement erratique ; mais aussi les hésitations de la femme qu’il aime, son « positionnement » toujours sur le fil du rasoir, les personnages dansant un tango lointain, semblant regarder l’autre sans le voir. Et vivants chacun dans un long tunnel, sans croisement, sans parallélisme, mais avec l’espoir d’un embranchement commun… Roman court, fort et direct, Le tunnel tente de nous emmener dans les pensées d’un homme obsédé, qui a assassiné celle qu’il aimait, et a conscience que son crime était la seule issue possible, pour lui comme pour elle. Ainsi, on peut être écoeuré par le comportement de cet homme, par les réactions – ou leur absence – de cette femme, surpris par sa volonté constante de trouver quelqu’un qui le comprendra, lui ou sa peinture, ave ses forces et ses bassesses. Mais au final, qui assassine qui ? Qui est au bout du tunnel ? Finalement, on suit les carnets d’un malade, pas forcément parfaitement conscient de sa névrose, dans ses ruminations, dans les méandres de discussions sans fin, inutiles parce que perverties avant même d’être entamées. On ne saura rien de cette femme, mais tout de l’obsession de l’homme ; sans doute tente-t-il, sous une forme similaire à celle qu’il utilise dans sa peinture –l’important est caché dans un détail, quand l’essentiel de la peinture n’est là que pour tromper l’attention – tenter de nous faire rentrer dans son monde, nous faire comprendre comment il fonctionne ; ce probablement sans succès, puisqu’il le dit clairement : il a tué la seule personne qu’il pensait être à même de le comprendre – sans avoir, à la fin, la certitude qu’elle le comprenait.
19:08 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : sabato, tunnel, peinture, mort
09.04.2008
Code source de William Gibson
Mais s'agit-il vraiment d'une administration, et le "vieil homme" est-il vraiment membre de la CIA ? C'est dans cet embrouillamini inter-services souterrains que se trouveront pris une journaliste freelance, ex-membre d'un groupe rock culte employée par un avatar européen de Wired ; un ingénieur paranoïaque DJ à ses heures, quelques membres des forces spéciales ; une étrange famille sino-cubaine et un accro aux tranquillisants. Tous sont plus ou moins à la recherche d'un mystérieux container, dont le contenu est inconnu mais forcément intéressant.
Bon, Gibson, c’est le papa du cyberpunk, du cyberespace, de la réalité virtuelle dans la littérature (Neuromancien, l’environnement à la Matrix…) pour ceux qui ne le savent pas encore (honte à eux !). Allez zou, ça, c’est dit.
Ce bouquin plutôt bien fichu fait suite à « Identification des schémas », qui se trouvait lui aussi pile dans la mode des « techno thrillers » (ben oui : ya de la technologie (l’iPod, mais si, l’iPod, si c’est pas de la techno, je veux bien savoir ce que c’est ! avec toute une enfilade de marques ; ce qui est une bonne observation de notre quotidien, puisque les objets sont dorénavant tous marqués, localisés, identifiés) et pis du thriller avec du suspens dedans, un semblant de complot, et là, ça fait peur). On a donc une bonne louche de technologies, entre ce qui fait partie du quotidien (l’iPod donc, enfin pour certain(e)s) et des technos plus « grises », plus confidentielles ; une constante d’ailleurs : elles sont toutes, sans exception (enfin là, je n’en vois pas), détournées pour permettre de localiser leur possesseur. Le GPS, finalement, est l’outil-roi ; il permet de garer sa voiture, suivre ses employés, créer du « locative art », c’est-à-dire de l’art géolocalisé (superbe idée, d’ailleurs). Mais ce qui fait également la particularité de ce monde (fini le bon vieux temps…) c’est que plus rien ne repose sur des bases solides, bonjour les fluctuations et adieu la stabilité. Qui est le gentil, qui manipule qui, dans quel but, par quels moyens ? Ce sont sans doute des classiques de la fiction, mais Gibson les manipule (tiens, qu’est-ce que je disais…) avec une grande aisance, menant son lecteur par le bout du nez, brouillant les pistes, donnant négligemment un indice pour éviter de le perdre. Et puis les actions s’enchainent, le rythme reprend pour ne plus retomber, jusqu’à la fin. Fin qui pourra en laisser certains sur leur faim ; ben oui, tout n’est pas forcément très carré, les raisons des uns ne s’opposent pas aux motivations des autres, et l’espoir d’un déchiffrement global de la matrice mise en place durant le roman disparaît. Oui, on comprend le pourquoi du comment, et pourtant, le détail continue de nous échapper. Enfin voilà, quoi, un bon bouquin, qui se laisse lire, mais qui ne révolutionnera rien.
19:00 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : code source, gibson, cyberspace, hoax, ipod
08.04.2008
Suttree de Cormac McCarthy
Après avoir l'obscurité du dehors, Suttree, donc. L’histoire simple d’un homme simple, traversant la vie, au milieu de torrents de malheurs et de douleurs. L’ennui, l’alcool, la recherche de quelques cents pour survivre rythment les journées, sans rien pour véritablement modifier cette lutte. Parfois brille une lumière, mais c’est pour bien vite s’éloigner – comme si tout cela, finalement, ne concernait que les hommes. Suttree n’a donc pas de chance, vivotant entre sa cabane de pêcheur, ramenant un peu de poisson sur le marché pour gagner de l’argent, ou bien ramassé régulièrement par la police. Alors McCarthy nous dit tout, détaille chaque instant, n’épargne rien – nous ne sommes pas là pour être épargnés. Il va jusqu’au bout, ne s’arrête pas au cadavre mais s’intéresse à la putréfaction, à l’odeur, à l’absence de réaction. Mais surtout, ici encore, il ne juge pas, décrivant, montrant, sans jamais juger ses personnages, sans insérer de dimension « morale », sans les forcer à rentrer dans le cadre rassurant de la recherche d’une vie sociale plus standard, plus ordinaire, tout simplement plus normale. Non, Suttree vit sa vie, trace sa route, et ses motivations ne sont pas claires ; ça n’est pas l’auteur qui va donner – clairement du moins – les détails.
Enfin bon, voilà, c’est très bien, comme ses autres bouquins.
19:00 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : suttree, cormac, mccarthy, tennessee

