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09.01.2008
La Puissance et la Gloire de Graham Greene
(1940)
Le clergé mexicain persécuté par le gouvernement révolutionnaire, il ne reste qu'un seul prêtre, dont la tête est mise à prix. Ce prêtre est un pauvre homme qui aime trop l'alcool et qui a fait un enfant à une de ses paroissiennes. Il essaie de fuir mais revient chaque fois qu'un mourant a besoin de lui, « et même lorsqu'il croit que son secours sera vain, et même lorsqu'il n'ignore pas que c'est d'un guet-apens qu'il s'agit et que celui qui l'appelle l'a déjà trahi, ce prêtre ivrogne, impur, et tremblant devant la mort, donne sa vie sans perdre à aucun moment le sentiment de sa bassesse et de sa honte. » (François Mauriac)
Graham Greene raconte ici l’histoire d’un prêtre, d’un « mauvais prêtre » (il est alcoolique, il est également père d’une petite fille, deux péchés mortels) comme il se définit lui-même, qui échappe à la police, sans vraiment chercher à survivre et s’en remettant à la volonté de Dieu.
"Il était un mauvais prêtre, un prêtre ivrogne (on le disait et il le savait), mais tous ses échecs, il les avait perdus de vue et oubliés : secrètement, ils s’entassaient dans quelque endroit : les gadoues de ses défaites. Un jour, à ce qu’il supposait, ces rebuts finiraient par obstruer la source de grâce."
Celui-ci fuit à travers la région, et est généralement bien accueilli dans les villages, comme le dernier prêtre, ou le premier vu depuis longtemps. Ainsi il exerce son ministère comme il peut, avec les moyens du bord. Mais son calvaire va aller croissant, et le parallèle avec la vie du Christ va devenir à chaque chapitre un peu plus évident. Pourtant, il se défend bien de se considérer et d’être considéré comme un martyre. Il refuse ce statut car il se voit, finalement, tel qu’il est : un homme avec ses péchés, se débattant pour survivre, obstinément accroché à sa foi, se posant jour après jour la question de son bien fondé, de ses implications. Se posera donc la question du Bien, du Mal, et de la position de l’homme au cœur de ces notions, le prêtre au centre de ce conflit, à la fois témoin et partie prenante. Témoin également de la vie au Mexique, de la misère qu’il vit au quotidien. Mais la présence du péché dans l’âme du prêtre ne l’empêche pas d’exercer son sacerdoce, de baptiser, de bénir, d’exercer ses sacrements.
"Avoir conquis le désespoir ne signifiait pas, bien entendu, n’être pas damné – au bout d’un certain temps, il arrivait simplement que le mystère devenait trop grand : un homme damné mettant Dieu dans la bouche des autres hommes, quel étrange serviteur du diable était-ce donc !"
Chaque fois que le prêtre tentera de quitter le pays, le besoin exprimé par quelqu’un le fera revenir, quoi que cela lui coûte, même quand il sait que ça n’est, à la fin, que pour le trahir ; il remet son destin entre les mains de Dieu, consacré corps et âme à son sacerdoce, tentant chaque fois de passer la frontière où il rêve de mener une vie nouvelle, trouver un autre prêtre, se confesser de ses fautes et oublier. Le titre du livre s’explique donc par la recherche de la puissance et de la gloire des hommes, de tous les hommes ; mais aussi par la puissance et la gloire de la miséricorde, du pardon et de l’amour.
"Et c’est pour ce monde que le Christ est mort ; plus l’on voit de corruption autour de soi, plus la gloire qui entoure sa mort resplendit. C’est trop facile de mourir pour ce qui est bon ou beau, son foyer, ses enfants ou la civilisation… il fallait un Dieu pour mourir afin de sauver des hommes lâches et corrompus."
Greene présente le parcours spirituel d’un homme, écrasé par le poids de ses péchés, et ne lâchant pas un seul instant sa foi, qui est chevillée à son corps, qui fait partie de lui. Sa destinée, qui semble inéluctable, même pour lui-même, mais il accepte ce qui doit lui advenir – ce qui ne signifie pas qu’il n’en a pas peur.
Le clergé mexicain persécuté par le gouvernement révolutionnaire, il ne reste qu'un seul prêtre, dont la tête est mise à prix. Ce prêtre est un pauvre homme qui aime trop l'alcool et qui a fait un enfant à une de ses paroissiennes. Il essaie de fuir mais revient chaque fois qu'un mourant a besoin de lui, « et même lorsqu'il croit que son secours sera vain, et même lorsqu'il n'ignore pas que c'est d'un guet-apens qu'il s'agit et que celui qui l'appelle l'a déjà trahi, ce prêtre ivrogne, impur, et tremblant devant la mort, donne sa vie sans perdre à aucun moment le sentiment de sa bassesse et de sa honte. » (François Mauriac)
Graham Greene raconte ici l’histoire d’un prêtre, d’un « mauvais prêtre » (il est alcoolique, il est également père d’une petite fille, deux péchés mortels) comme il se définit lui-même, qui échappe à la police, sans vraiment chercher à survivre et s’en remettant à la volonté de Dieu.
"Il était un mauvais prêtre, un prêtre ivrogne (on le disait et il le savait), mais tous ses échecs, il les avait perdus de vue et oubliés : secrètement, ils s’entassaient dans quelque endroit : les gadoues de ses défaites. Un jour, à ce qu’il supposait, ces rebuts finiraient par obstruer la source de grâce."
Celui-ci fuit à travers la région, et est généralement bien accueilli dans les villages, comme le dernier prêtre, ou le premier vu depuis longtemps. Ainsi il exerce son ministère comme il peut, avec les moyens du bord. Mais son calvaire va aller croissant, et le parallèle avec la vie du Christ va devenir à chaque chapitre un peu plus évident. Pourtant, il se défend bien de se considérer et d’être considéré comme un martyre. Il refuse ce statut car il se voit, finalement, tel qu’il est : un homme avec ses péchés, se débattant pour survivre, obstinément accroché à sa foi, se posant jour après jour la question de son bien fondé, de ses implications. Se posera donc la question du Bien, du Mal, et de la position de l’homme au cœur de ces notions, le prêtre au centre de ce conflit, à la fois témoin et partie prenante. Témoin également de la vie au Mexique, de la misère qu’il vit au quotidien. Mais la présence du péché dans l’âme du prêtre ne l’empêche pas d’exercer son sacerdoce, de baptiser, de bénir, d’exercer ses sacrements.
"Avoir conquis le désespoir ne signifiait pas, bien entendu, n’être pas damné – au bout d’un certain temps, il arrivait simplement que le mystère devenait trop grand : un homme damné mettant Dieu dans la bouche des autres hommes, quel étrange serviteur du diable était-ce donc !"
Chaque fois que le prêtre tentera de quitter le pays, le besoin exprimé par quelqu’un le fera revenir, quoi que cela lui coûte, même quand il sait que ça n’est, à la fin, que pour le trahir ; il remet son destin entre les mains de Dieu, consacré corps et âme à son sacerdoce, tentant chaque fois de passer la frontière où il rêve de mener une vie nouvelle, trouver un autre prêtre, se confesser de ses fautes et oublier. Le titre du livre s’explique donc par la recherche de la puissance et de la gloire des hommes, de tous les hommes ; mais aussi par la puissance et la gloire de la miséricorde, du pardon et de l’amour.
"Et c’est pour ce monde que le Christ est mort ; plus l’on voit de corruption autour de soi, plus la gloire qui entoure sa mort resplendit. C’est trop facile de mourir pour ce qui est bon ou beau, son foyer, ses enfants ou la civilisation… il fallait un Dieu pour mourir afin de sauver des hommes lâches et corrompus."
Greene présente le parcours spirituel d’un homme, écrasé par le poids de ses péchés, et ne lâchant pas un seul instant sa foi, qui est chevillée à son corps, qui fait partie de lui. Sa destinée, qui semble inéluctable, même pour lui-même, mais il accepte ce qui doit lui advenir – ce qui ne signifie pas qu’il n’en a pas peur.
18:30 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : la puissance et la gloire, graham greene, religion, pretre


Commentaires
De la grande littérature !
Ecrit par : stéphane | 16.01.2008
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