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29.11.2007

Jennifer Morgue de Charles Stross

Bob Howard est un agent un peu spécial employé auprès de la Laverie, une agence gouvernementale ultra secrète dont la mission est de protéger la Grande-Bretagne des intrusions de puissances métaphysiques.

Vous avez apprécié l’humour et l’imagination du « Bureau des atrocités », l’importance accordée à la bureaucratie ? Les évocations possibles de démons par le biais informatiques (qui rappellent indirectement Kairo et son armée de mort débarquant par le biais des ordinateurs) ? Et bien Jennifer Morgue, c’est pareil en moins bien. Ici, plus d’effet de surprise ; les personnages sont connus, l’environnement aussi. Et les « monstres » ne sont pas des plus extraordinaires. Même si c’est ce que l’on nous promet… De plus, l’auteur veut surfer délibérément sur la parodie de James Bond (le « méchant » de l’histoire a créé un sort qui oblige tout ennemi voulant l’atteindre à se conforter à un certain cadre, en l’occurrence un comportement similaire à une intrigue de Fleming), mais cela tourne un peu vide…
Un bouquin inutile quand on a lu le bureau des atrocités, même si cela reste un plaisant livre de plage (ce n’est pas de saison ??).

28.11.2007

Isolation de Greg EGAN

Milieu du 21ème siècle. Nick est enquêteur et son investigation a pour nom Laura Andrew. Une fille attardée, sourde et aveugle, qui vit depuis sa plus tendre enfance dans un hôpital, sans histoire ou presque... Les deux premières fois qu’elle s’était échappée de sa chambre, on l’avait retrouvée à quelques kilomètres de là, mais aujourd’hui c’est plus sérieux. Elle a disparu, sans trace de crochetage, invisible aux yeux des caméras. Pourtant elle est physiquement incapable de se déplacer plus loin que sa chambre...

Un ouvrage complexe, qui n'a sans doute pas été lisible pour tout le monde... Sans notion de mécanique quantique, sans connaître le principe d'incertitude, les probabilités, l'influence de l'observateur sur l'observation, l'expérience du chat de Schrödinger etc. (toutes ces expressions qui font la base de la mécanique quantique...), il ne semble pas très "raisonnable" de plonger dans ce roman. L'auteur y fait constamment appel - parfois trop, saturant le lecteur de réflexions.
L'histoire démarre un peu comme "Spin", mais ne prend cependant pas du tout la même direction. Ici, la question principale explorée, à mon sens, est celle de l'identité, du libre arbitre et de la réalité. Egan opte naturellement pour une vision matérialiste de l'homme. Dans un futur pas si lointain, le contenu du cerveau est connu, analysable et modifiable. Ainsi le héros possède-t-il différents "modes" de pensées; l'un lui permet d'assurer son travail d'enquête (vigilance, contrôle de l'adrénaline, du physique, pas de perturbations dues aux besoins physiques, disparition de l’ennui etc.). D'autres lui permettent de mieux jongler avec son environnement, de mieux connaître une ville etc. Ces "états intellectuels" sont implantés dans son cerveau et commutables à volonté. (Demeure-t-il le même homme lors de ces changements ? devient-il autre ? Ces questions, il ne se les pose jamais, elles ne viendront que d’une personne non « câblée ».)
Chargé d'élucider la disparition d'une femme, il va se retrouver embringué dans un enchevêtrement beaucoup plus grand que lui... à travailler pour un organisme qui lui implantera un mode de loyauté (Egan explique longuement l'impact, les réflexions engendrées par ce mode sur le mental du héros). Et puis... Et puis intervient la dimension quantique, les probabilités d'existence des particules hors de leur observation, la probabilité de réalisation d'un évènement, la multiplication des actions engendrées... Egan étudie (on pourrait parler de l'interprétation de Copenhague (http://www.futura-sciences.com/fr/comprendre/glossaire/definition/t/matiere-1/d/interpretation-de-copenhague_4784/), mais je ne connais pas assez le sujet...) donc les conséquences de la possibilité de modifier notre environnement, en "temps réel", d'effectuer des actions a priori impossibles (mais justement réalisables parce qu'elles ont une probabilité différente de zéro, même très faible). Ainsi on pourrait effectuer des actions, tester toutes les combinaisons d'une serrure, dans le même temps, et seule une réalité serait conservée, tandis que toutes les autres disparaîtraient, avec les expérimentateurs liés...
Le roman est donc très intéressant, très cérébral, et il faut s'accrocher pour suivre toutes les implications qu'entrevoie l'auteur. Mais l'effort en vaut la peine, avec une fin tout à la fois subtile et éclatante.

20.11.2007

Les enfants de Darwin de Greg Bear

L'action se déroule douze ans après la naissance des enfants du SHEVA lorsque ceux-ci tombent malades et meurent. Les personnages principaux du roman précédent réapparaissent : Kaye et Mitch, les parents de Stella, elle aussi touchée par la nouvelle épidémie mais sauvée par la persévérance de ses parents, à la fois du virus et des griffes d'un kidnappeur. Celui-ci l'avait piégée à l'occasion d'une fugue, pour la vendre aux autorités, qui parquent les enfants mutants dans des “écoles spéciales” (camps de concentration édulcorés).

« Les enfants de Darwin » reprend donc l’intrigue de l’échelle de Darwin, pour étudier le développement de cette nouvelle espèce au sein de l’humanité. Et les choses ne se déroulent pas bien… l’ensemble des castes politiques réagit d’une seule voix face à ces enfants : l’enfermement. La peur règne, et assoie des décisions effrayantes : ôter les enfants à leurs parents, les enfermer dans des camps, effectuer des recherches sur l’homme… « Et si » un nouvel homme naissait, comment réagirait l’humanité ? Bear explore donc sa problématique, n’oubliant aucune direction.

On suivra donc plusieurs intrigues parallèles : Kaye qui s’occupe de la partie recherche bio, Mitch, paléontologue, s’attache à découvrir les origines de l’homme ; Stella, leur fille, internée et découvrant ses capacités ; Dicken et M. Augustine, davantage au niveau politique.
L’intrigue est solide, étayée d’une argumentation théorique pas toujours évidente à comprendre - mais c’est l’habitude chez Bear. Je ne discuterai pas les questions de virus, je n’ai aucune compétence en ce domaine… Le tout est très rythmé (cela est sans doute dû à l’alternance des narrations), alternant scènes d’action et scènes plus intimes (généralement mieux écrites que les premières).
Plusieurs points peuvent étonner : l’épiphanie subite par Kay, sa rencontre, bien malgré elle, avec une entité supérieure (Dieu ? Un esprit formé par les nouveaux enfants ?). L’intérêt est ici de confronter les faits et une perception particulière de la réalité ; la chercheuse tentera de séparer distinctement les 2. Cet évènement lui permettra incidemment de rencontrer les bonnes personnes… On pourrait aussi s’étonner du temps de réaction des parents ; après tout, leurs enfants leur sont enlevés, parqués dans des camps où on ne sait pas vraiment ce qui leur arrive… Eh bien les parents semblent initialement attendre ; ce qui peut sembler parfaitement logique, puisqu’ils sont déroutés par ce qu’ils vivent et qu’ils font a priori confiance aux « autorités » et experts. Puis la résistance s’organise…
Stella est donc une enfant du virus SHEVA ; elle dispose d’éphélides colorées sur ses joues, qui expriment une partie de ses sentiments, des odeurs pour convaincre, un langage à deux voix. Elle découvre également que les enfants ont des moyens de communication inconnus/imperceptibles pour les humains (ils ne savent évidemment pas s’ils doivent se considérer comme humains…) ; ils constitueront naturellement des dèmes structures égalitaires constituées de plusieurs enfants, mettant en commun leurs connaissances, avançant « main dans la main ». Les différents dèmes peuvent également échanger entre eux.
Les enfants de Darwin est donc le « simple » prolongement de l’échelle de Darwin ; mais quel ouvrage ! On peut bien sûr souligner quelques défauts : des deus ex machina pour maintenir le court de l’histoire (la découverte archéologique, le sauvetage des enfants etc.), une fin un peu exagérée/facile au regard de la haine déversée par les officiels, les médias et la population.
L’exploration des possibles, la prise en compte des tendances sociétales, le tout livré avec beaucoup d’émotion et de sensibilité en font un livre passionnant.

06.11.2007

Chrysalis

Chrysalis est un film de SF français de 2007, réalisé par Julien Leclercq.
Le scénario : David Hoffmann, lieutenant à Europol, la police européenne, voit sa femme se faire tuer en service sous ses yeux. Il reprendra cependant le service pour enquêter sur une série de meurtres surprenants ; son travail le mènera jusqu’à une clinique hi-tech, un tueur froid et violent, et une manipulation possible de la mémoire… On suit
également la rémission d’une jeune fille dans la clinique en question, après un grave accident de voiture (sobre mais efficace séquence d’ouverture) ; sa mère s’occupe de son cas, lui faisant passer un certain nombre de tests, sur une machine dont on suppose initialement qu’elle travaille sa mémoire.

Le scénario ne casse pas des briques… Au fur et à mesure que l’histoire avance, on se doute de ce qu’il adviendra, et la fin ne surprend que peu. Pourtant… pourtant l’atmosphère est – partiellement – là (pas aussi pesante que Blade runner). Des lieux confinés (toute l’action se passe en intérieur, les seules scènes en extérieur, ou presque, se situent à la fin du film), une caméra proche des personnages, peu de lumière ; tout est fait pour étouffer le spectateur. Les combats se font la plupart du temps à mains nues, présentant des chorégraphies sobres ; le maître mot semble avoir été l’efficacité.
Les personnages sont attachants ; d’un côté Hoffman, loin de tout, à la recherche de celui qui a tué sa femme, mais voulant également remonter de son trou sombre ; sa nouvelle collègue ajoute une légère touche d’humour, fort bienvenue. Au cœur de la clinique, la directrice surveille de près sa fille ; tout semble être fait pour elle, même si cette dernière trouve ses journées pesantes.
Côté environnement, l’histoire se situe dans un avenir proche. Les décors sont une prolongation de l’actuel, des lignes sobres, épurées, rien d’ostentatoire. Au contraire de minority report, par exemple, pas d’omniprésence de la publicité, pas de haute technologie particulière voyante, pas de véhicules sur rail. Les écrans sont plats, les ordinateurs encastrés dans les bureaux. Une opération chirurgicale à distance, par le biais de la réalité virtuelle est présentée dans la clinique.
La problématique de la mémoire numérisée n’est que survolée, utilisée comme un cliché pour balancer rapidement le final.
Un film qui se regarde avec plaisir, mais qui laisse une impression un peu mitigée.

05.11.2007

Dosadi de Frank Herbert

Sur Dosadi, il ne reste qu'une ville, Chu. Elle compte plus de 90 millions d'habitants et autour de ses murs, sur la Bordure, s'en pressent au moins trois fois autant. Le reste de la planète est désert. Parce que le sol, les plantes et les animaux, l'air et l'eau contiennent des poisons pour les deux races intelligentes qui peuplent Chu, les humains et les Gowachins. Le seul espoir de survie réside dans les usines purificatrices de Chu. Les habitants de Dosadi ne voient jamais les étoiles, cachées par le Mur de Dieu. Surpopulation, mort facile, confinement, Dosadi c'est l'enfer. Quelle expérience s’y déroule depuis des générations ? C'est ce qu'aimerait découvrir Jorj McKie, envoyé extraordinaire du Bureau du Sabotage. Et aussi Keila Jedrik, native de Dosadi et bien décidée à s'en sortir.

Dosadi est une suite de l’étoile et le fouet. Sans en être véritablement une, d’ailleurs, puisqu’il ne fait que reprendre l’univers et les espèces sentientes du premier. Dosadi est une expérience, et Jorj McKie y est envoyé pour tenter de percer ce secret : quelle est cette expérience ? Que se passe-t-il sur cette planète, pourquoi les humains qui s’y trouvent sont si différents mentalement ? C’est l’arrivée de McKie sur cette planète qui va déclencher (indirectement) des évènements qui devront mener soit à la destruction de la planète, soit à la libération de ses habitants et leur reconnaissance. Planète entourée d’un mur qui cache les étoiles à ses habitants (appelé par ceux-ci le Mur de Dieu ; c’est cependant la seule présence, le seul signe de l’existence d’une quelconque divinité), en réalité créé par une espèce extra-terrestre pour les besoins de l’expérience, Dosadi est organisée autour d’une cité surpeuplée, elle-même entourée d’une bordure inhospitalière, que tous ses occupants veulent quitter pour la ville. Les habitants de cette planète ont cependant développé un talent très particulier ; puisque leur monde est celui de la compétition effrénée, compétition pour survivre, toute émotion est proscrite ; le langage, aussi bien gestuel que corporel est limité à sa plus simple expression, puisque celui-ci pourrait être déchiffré, interprété et utilisé. C’est pourquoi tout étranger à la planète est non seulement immanquablement repéré, mais est trahi par toutes ses habitudes et tics de langages.
Dosadi n’est pas un livre aisé ; Herbert y décrit plusieurs espèces extra-terrestres, tentant, comme dans « l’étoile et le fouet », de décrire d’autres formes de pensées, de consciences, que la pensée humaine. Il imagine un droit basé sur la fluctuance de la société et du droit même. L’intrigue se met difficilement en place, ou plutôt un peu longuement. Une fois celle-ci démarrée, l’histoire aura de nombreux rebondissements, pas toujours évidents à suivre. Les raisonnements sont parfois déroutants, mais c’est ce qui fait l’intérêt de ce roman.
Dosadi montre, d’une certaine manière, le résultat d’une concurrence acharnée, de la victoire des plus forts en ôtant toute possibilité de coopération aux participants, en multipliant les dangers et risques de mort, sur une planète qui n’est pas faite pour accueillir l’homme. Mais le fruit qui advient se révèle dangereux, puisque doté de capacités hors normes. Et pourtant… pourtant, derrière cette expérimentation se cache un autre mystère, celui de la quête de l’immortalité, du passage d’une conscience d’un corps à un autre – ce qu’expérimentera McKie de manière fort inattendue.

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