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28.11.2007
Isolation de Greg EGAN
Milieu du 21ème siècle. Nick est enquêteur et son investigation a pour nom Laura Andrew. Une fille attardée, sourde et aveugle, qui vit depuis sa plus tendre enfance dans un hôpital, sans histoire ou presque... Les deux premières fois qu’elle s’était échappée de sa chambre, on l’avait retrouvée à quelques kilomètres de là, mais aujourd’hui c’est plus sérieux. Elle a disparu, sans trace de crochetage, invisible aux yeux des caméras. Pourtant elle est physiquement incapable de se déplacer plus loin que sa chambre...
Un ouvrage complexe, qui n'a sans doute pas été lisible pour tout le monde... Sans notion de mécanique quantique, sans connaître le principe d'incertitude, les probabilités, l'influence de l'observateur sur l'observation, l'expérience du chat de Schrödinger etc. (toutes ces expressions qui font la base de la mécanique quantique...), il ne semble pas très "raisonnable" de plonger dans ce roman. L'auteur y fait constamment appel - parfois trop, saturant le lecteur de réflexions.
L'histoire démarre un peu comme "Spin", mais ne prend cependant pas du tout la même direction. Ici, la question principale explorée, à mon sens, est celle de l'identité, du libre arbitre et de la réalité. Egan opte naturellement pour une vision matérialiste de l'homme. Dans un futur pas si lointain, le contenu du cerveau est connu, analysable et modifiable. Ainsi le héros possède-t-il différents "modes" de pensées; l'un lui permet d'assurer son travail d'enquête (vigilance, contrôle de l'adrénaline, du physique, pas de perturbations dues aux besoins physiques, disparition de l’ennui etc.). D'autres lui permettent de mieux jongler avec son environnement, de mieux connaître une ville etc. Ces "états intellectuels" sont implantés dans son cerveau et commutables à volonté. (Demeure-t-il le même homme lors de ces changements ? devient-il autre ? Ces questions, il ne se les pose jamais, elles ne viendront que d’une personne non « câblée ».)
Chargé d'élucider la disparition d'une femme, il va se retrouver embringué dans un enchevêtrement beaucoup plus grand que lui... à travailler pour un organisme qui lui implantera un mode de loyauté (Egan explique longuement l'impact, les réflexions engendrées par ce mode sur le mental du héros). Et puis... Et puis intervient la dimension quantique, les probabilités d'existence des particules hors de leur observation, la probabilité de réalisation d'un évènement, la multiplication des actions engendrées... Egan étudie (on pourrait parler de l'interprétation de Copenhague (http://www.futura-sciences.com/fr/comprendre/glossaire/definition/t/matiere-1/d/interpretation-de-copenhague_4784/), mais je ne connais pas assez le sujet...) donc les conséquences de la possibilité de modifier notre environnement, en "temps réel", d'effectuer des actions a priori impossibles (mais justement réalisables parce qu'elles ont une probabilité différente de zéro, même très faible). Ainsi on pourrait effectuer des actions, tester toutes les combinaisons d'une serrure, dans le même temps, et seule une réalité serait conservée, tandis que toutes les autres disparaîtraient, avec les expérimentateurs liés...
Le roman est donc très intéressant, très cérébral, et il faut s'accrocher pour suivre toutes les implications qu'entrevoie l'auteur. Mais l'effort en vaut la peine, avec une fin tout à la fois subtile et éclatante.
10:30 Publié dans Livre, science-fiction | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : isolation, egan, spin, sf, critique


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