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27.09.2007
Au-delà de l'infini de Gregory Benford
Comme les autres membres de sa tribu, elle vit dans la forêt et espère passer ses quelques siècles d'existence à travailler dans la grande Bibliothèque de la Vie.
Mais d'étranges formes de vie transdimensionnelles détruisent la Bibliothèque et tuent tous les Originaux de la Terre. A l'exception de Cley. Ces êtres belliqueux attaquent également les Supras, une autre espèce hautement évoluée. Ceux-ci se retrouvent dans l'incapacité de récupérer les connaissances accumulées par les hommes au fil des millénaires et les archives d'ADN perdues dans les ruines de la Bibliothèque.
Benford signe ici un ouvrage de facture particulièrement classique, illustrant de manière compliqué la quatrième dimension, expliquée beaucoup plus simplement et clairement par Rudy Recker dans son ouvrage éponyme, un peu de génétique, ou bien la Singularité (Vinge, Kurzweil), jouant avec l'histoire sur de très longues périodes.
L'ouvrage n'est pas ennuyeux, mais on n'y trouve rien de véritable novateur, surprenant, comme d'autres auteurs de hard-SF. Ici l'histoire est linéaire, 2 personnages tentent de s'échappent, un joue les candides tandis que l'autre a un plan bien établi – heureusement inconnu au lecteur...
le voyage stellaire est plutôt lent, le dénouement est long à se mettre en place, même si la fin demeure relativement prévisible.
Ce roman s’adresse donc à ceux qui n’auront pas lu « la quatrième dimension » de Rudy Recker, et à ceux qui ne sont ni dérangés par l’absence d’intrigue, ni gênés par la platitude des personnages. Malheureusement, c’est au final un roman assez ennuyeux…
L’idée la plus intéressante, à mon sens, est la recherche de communication inter espèce, la tentative d’appréhender des intelligences qui ne soient pas humaines. Sans atteindre le niveau des travaux de Frank Herbert dans L'étoile et le fouet.
09:05 Publié dans Livre, science-fiction | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : infini, sf, benford, dimension, macrohistoire
23.09.2007
Photo (1)
17:10 Publié dans photo | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : photo, lumiere, chaine
20.09.2007
Les Chronolithes par Robert Charles Wilson
Robert C. Wilson signe ici un passionnant ouvrage loin des courants, renouant plutôt avec une tradition de la science-fiction. Le temps, donc… De nombreux ouvrages l’ont déjà étudié, documenté, mettant généralement en avant les paradoxes du voyage temporel. Wilson dépasse cela en présentant des monuments, prémisses d’un futur incertain, puisque envoyés à travers les décennies, qui ne sont que des « aiguilles » dans le tissu du temps et de l’espace, ne le déformant que localement et n’ayant donc pas de véritable impact global – si ce n’est au niveau psychologique.
Wilson se penche sur le combat mené contre ces chronolithes – ces monolithes qui font irrémédiablement penser à celui de 2001, l’odyssée de l’espace, tout en ayant une portée différente – et la vision du futur qu’elle suggère ; à savoir un futur inéluctable, où un inconnu domine le monde et l’entraîne dans une folie guerrière. Ce qui tue par avance… puisque des factions vont se constituer, pro ou anti-Kuin, et s’affronter avant même que celui-ci se soit fait connaître. Wilson, cependant, étudie cela de manière très subtile. Le personnage principal nous raconte son histoire avec son recul de la fin du siècle ; il a assisté à l’apparition du premier chronolithe, et a vécu par la suite des évènements qui semblent majeurs, révélant son vécu et les recherches menées pour mieux comprendre les chronolithes. Mais cet homme a aussi une famille, qui sera déchirée non par l’arrivée du chronolithe, mais simplement par ses actions. Et cet homme évoluera, tentant de vivre comme il peut, du mieux qu’il peut.
Quels sont donc les ravages engendrés par les chronolithes ? C’est là le point d’étude de l’auteur. Tout d’abord physiques ; ceux qui sont à proximité de l’impact en subissent les conséquences. Mais surtout psychologiques, au niveau mondial ; personne ne sait qui envoie ces monuments célébrant des victoires à venir, le nom qui semble leur donner vie, Golem de pierre, demeure une légende, un mythe du futur, nécessairement effrayant puisque inéluctable. Comment résister, comment lutter contre ce qui DOIT advenir ? Chacun à son échelle tente ce qu’il peut, choisit son camp, et endure les conséquences de ses choix… Le futur est-il inéluctable ?
Autre point remarquable, l’empathie dont fait preuve le narrateur ; celui-ci fait aisément le lien avec le lecteur, par des rappels discrets aux évolutions technologiques et sociétaux, marquant les changements du début du 21è siècle.
Wilson déroule ainsi une histoire passionnante, se jouant des paradoxes temporels et spatiaux pour interroger l’avenir de l’homme. Et tenter de proposer des réponses, tant au niveau personnel que civilisationnel.
09:05 Publié dans Livre, science-fiction | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : chronolithes, wilson, sf, temps
14.09.2007
L’exorciste de William Blatty
« Je ne pense pas que l'objectif du démon soit le possédé; l'objectif, c'est nous... les observateurs... toutes les personnes qui se trouvent dans la maison. Et je pense... Oui, je pense que l'objectif recherché est de nous amener au désespoir, à rejeter notre propre humanité, Damien, à nous voir en fin de compte comme des bêtes, viles et puantes, sans dignité, hideuses, méprisables. Et c'est là le noeud du problème, peut-être, dans ce mépris. Car je pense que la croyance en Dieu n'est pas affaire de raison du tout; je pense qu'elle n'est en fin de compte qu'affaire d'amour: accepter la possibilité que Dieu puisse nous aimer... »
Ouvrage impressionnant, l’exorciste mène l’inquiétude de son lecteur sans temps mort, du début à la fin. Particulièrement intéressant, très bien écrit, il confronte le regard scientifique aux croyances religieuses ; quand la science ne trouve pas les réponses, l’inexplicable semble avoir la porte ouverte. Pourtant le postulat est annoncé dès le titre : le Mal existe, il peut terrasser les hommes, mais il peut également être vaincu, par la foi. On sent la présence du Mal dès le début de l’ouvrage, en filigrane, par l’utilisation subtile de métaphores, instaurant un climat malsain. Le démon est présent à tout moment, y compris dans les instants plus calmes, faisant sourdre sa haine sans relâche. Mais il est davantage insidieux ; il suffit qu’on parle de lui, qu’on l’évoque vaguement pour que le malaise apparaisse, pour qu’une malédiction semble avoir été prononcée.
On voit donc ici, quasiment en pleine lumière, le travail du malin. Celui-ci utilise le corps d’un enfant, le manipule, non seulement pour l’effrayer elle, mais aussi ceux qui l’entoure, pour tuer. Tout cela par « haine » envers les hommes. Mais les hommes ne souhaitent pas croire à sa présence ; les examens se succèderont, et l’exorcisme ne sera que le dernier recours, quand tout autre espoir aura été abandonné – juste avant l’entrée en Enfer, donc. La mère souhaite à tout prix consulter un psychiatre, et les médecins travaillent d’arrache-pied pour trouver des raisons compréhensibles à l’état de Regan, sans succès. Et quand, finalement, tout lui impose de se tourner vers un prêtre, celui-ci va conclure à la possession, à l’utilisation de son corps par Satan. D’où le nécessaire exorcisme, seul moyen de chasser le démon du cœur et du corps de l’enfant. Le prêtre qui va l’exercer fait lui-même face à ses propres démons, que le diable connaît bien et saura utiliser contre lui : manipulation, tromperie et mensonges sont ses armes favorites, et il en abusera tout au long du roman. Damien Karras, exorciste, est aussi le psychologue qui veille sur les autres prêtres ; à force d’entendre leurs vies, il semble atteindre de lassitude, de pessimisme, éreinté. La mort de sa mère, seule et presque abandonnée, engendrera une forte culpabilité qui n’aura de cesse de le hanter. Et sa foi n’a rien de certain, bougie vacillante face aux rafales de l’ennemi.
Blatty décrit ses personnages habilement, faisant peser sur chacun un voile de tristesse, comme si le Mal était quelque chose de présent en toute chose, en chacun, oeuvrant dans l’ombre, malgré nous, présent en tout un chacun, presque comme une seconde peau, un linceul qui recouvrirait le monde. La possession n’est donc qu’une de ses marques, une mise en lumière de sa présence nauséabonde ; et pourtant… Pourtant, le doute demeure. Non pour la mère, prête à tout pour guérir sa fille, mais pour tout autre individu qui gravite autour de la maison. Le démon est là, mais il se terre dans les consciences, insinuant le doute, divisant pour mieux régner. Et c’est une des forces du livre de Blatty que de créer, de développer une ambiance malsaine ; quoi qu’il arrive, il y a toujours un adverbe ou un adjectif qui viendra obscurcir le ciel de l’histoire, empêchant le lecteur de se décoller du récit, de se reposer ou de prendre du recul. Le plus sceptique, ici, n’est pas celui qu’on croit ; il s’agit du prêtre, qui rechigne – mais comment ne pas être de son avis ? – à reconnaître l’origine du problème. Et qui, pourtant, se sacrifiera pour sauver l’enfant. La fin, justement… celle-ci, bien qu’en partie sombre, se montre pourtant optimiste : rédemption, pardon, terrassement du démon. Même si le Mal n’est pas vaincu, il est repoussé ; même si l’homme ne croit pas, il est pardonné.
09:00 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : exorciste, exorcisme, blatty, mal, satan
13.09.2007
F.A.U.S.T. suivi des Défenseurs de Serge Lehman
Mais un petit groupe de scientifiques, de politiques et de militaires a créé Le Square, organisation destinée à lutter contre le coup d'État qui se prépare. Chan, fils d'un ancien membre des Puissances, va se retrouver en première ligne dans l'affrontement inévitable entre ces deux forces. Pour défendre ses convictions, il devra sacrifier son intégrité physique et mentale."
Non seulement c'est très bien écrit, non seulement les personnages sont attachants, mais les situations sont pensées, aucun détail n'échappe à la réflexion de l'auteur. Et pour clore le tout, son analyse me semble particulièrement juste: les Puissances, qui sont nos grandes multinationales actuelles, qui assoient chaque jour davantage leur pouvoir et mainmise, tentant de prendre encore plus de pouvoir. Un Sénat mondial et des Nations qui ont démissionné devant les Puissances, ne tentant même plus de réunir les hommes mais simplement d'assurer le bien-être d'une portion de l'humanité. Et, enfin, le prétexte que donnent les Puissances de vouloir aider les exclus (à cause d'elles!) pour mieux les contrôler...
« Les défenseurs » (unités de cinq hommes et femmes, entraînés afin de pouvoir contrer les légions de B-Men des Puissances) est donc la suite directe de FAUST. Dans un futur proche, les grandes compagnies internationales ont supplanté les Etats et gouvernements, et jouent pour contrôler finalement l’ensemble du monde. Les Etats ont abdiqué leurs devoirs devant l’agressivité financière des sociétés, qui leur dictent dorénavant leurs desiderata. Monde qui est physiquement partagé en deux, entre le Village où se trouvent les nantis et le Veld où se vivent tous les autres. Ici, le suivi de l’intrigue politique alterne avec l’accompagnement de la formation des Défenseurs. D’un côté on suit les échanges et intrigues au niveau mondial, macroscopique, tout en participant à la vie politique du Square. De l’autre on s’attache aux Défenseurs, à leur transformation physique et au passage de leur statut de simples individus à un statut « collectif », i.e. de personnes vivant, pensant et agissant ensemble.
Comme d’habitude… Comme d’habitude, Lehmann écrit très bien; le suspens est savamment entretenu, les rebondissements sont nombreux, les personnages sont étoffés et touchants ; le rythme est soutenu, l’histoire prenante. Lehmann donne un maximum d’épaisseur à son environnement, développant l’histoire du monde amenant une telle situation.
12:30 Publié dans Livre, science-fiction | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : faust, défenseurs, lehman, sf
08.09.2007
Les confessions d'un assassin financier de John Perkins
John Perkins dévoile son travail d'assassin économique: consultant chargé de convaincre les gouvernants de pays essentiels a la politique des USA d'accepter des crédits gigantesques sous couvert d'aider au développement économique et à la lutte contre la pauvreté. Non seulement les sommes sont reversées principalement à des compagnies américaines, mais les dettes fantastiques vont aider banques, corporations et le gouvernement US à prendre le contrôle des biens, de l'économie et parfois des institutions des pays concernés.
« Les Etats-Unis ont demandé et obtenu l’appui financier des Saoudiens pour la guerre menée en Afghanistan par Oussama Ben Laden contre l’Union soviétique. »
Intérêt de l’Irak, pas seulement le pétrole, mais aussi eau et géopolitique, situation géographique stratégique.
Il n’y a pas de conspiration, elle n’existe pas. Il y a seulement des grandes banques, des entreprises, des gouvernements (ce que Perkins nomme la corporatocratie) ; pour lui, il est plus facile d’imaginer une conspiration que de d’accepter ce que font les banques et gouvernements en question, dont nous dépendons.
Il souligne également que les USA impriment des billets qui ne sont pas soutenus par les réserves d’or, et que la monnaie n’est soutenue que par la confiance internationale dans l’économie américaine.
Retranscription d'une interview de John Perkins :
JP : En gros, nous étions formés et notre travail consistait à construire l'empire américain. De créer des situations où le maximum de ressources était drainé vers ce pays, vers nos multinationales, notre gouvernement, et nous avons été très efficaces. Nous avons construit le plus grand empire de l'histoire du monde. Et nous l'avons fait au cours des 50 ans qui ont suivi la deuxième guerre mondiale, avec peu de moyens militaires en réalité. En de rares occasions, comme en Irak, les militaires interviennent mais uniquement en dernier recours.
JP : J'ai été recruté lorsque j'étais encore étudiant dans une école de commerce, à la fin des années 60, par la NSA, la plus grande et la moins connue des agences d'espionnage du pays. A la fin, j'ai travaillé pour des compagnies privées. Le premier tueur à gage économique était Kermit Roosevelt, dans les années 50, le petit-fils de Teddy, qui renversa le gouvernement Iranien, un gouvernement démocratiquement élu, le gouvernement de Mossadegh qui avait été désigné « homme de l'année » par le magazine Time. […] Nous n'avions plus à nous préoccuper d'un risque de conflit armé avec la Russie en opérant ainsi. Le problème était que Roosevelt était un agent de la CIA. Il était donc un employé du gouvernement. S'il avait été découvert, nous aurions eu de gros ennuis. Alors la décision a été prise de faire appel à des organisations comme la CIA et la NSA pour recruter des tueurs à gages économiques comme moi et nous faire travailler pour des sociétés privées, des sociétés de conseil, de construction. Ainsi, si on se faisait prendre, il n'y avait aucun lien avec le gouvernement.
JP : la compagnie pour laquelle je travaillais s'appelait Chas. T. Main à Boston, Massachusetts. Nous avions environ 2000 employés, et je suis devenu leur économiste en chef. J'avais 50 personnes sous mes ordres. Mais mon véritable job était de conclure des affaires. J'accordais des prêts à des pays, des prêts énormes, qu'ils ne pouvaient pas rembourser. Une des clauses du prêt - disons 1 milliard de dollars pour un pays comme l'Indonésie ou l'Equateur – était que le pays devait retourner 90% du prêt à des compagnies états-uniennes, pour reconstruire des infrastructures, des compagnies comme Halliburton ou Bechtel. Ces compagnies ensuite construisaient des réseaux électriques ou des ports ou des autoroutes qui ne servaient qu'aux quelques familles les plus riches de ces pays. Les pauvres de ces pays se retrouvaient en fin de compte avec une dette incroyable qu'ils ne pouvaient absolument pas payer. Un pays aujourd'hui comme l'Equateur consacre 50% de son budget national juste pour rembourser sa dette. Et il ne peut pas le faire. Ainsi nous les tenons à la gorge. Si nous avons besoin de plus de pétrole, nous allons voir l'Equateur et nous leur disons, « Bon, vous ne pouvez pas nous rembourser, alors donnez à nos compagnies les forêts d'Amazonie qui regorgent de pétrole. » C'est ce que nous faisons aujourd'hui et nous détruisons les forêts amazoniennes, obligeant l'Equateur à nous les donner à cause de cette dette. Ainsi, nous accordons ce gros prêt, et la majeure partie revient aux Etats-Unis. Le pays se retrouve avec une dette plus d'énormes intérêts et il devient notre serviteur, notre esclave.
JP : nous sommes allés en Arabie Saoudite au début des années 70. Nous savions que l'Arabie Saoudite était la clé de notre indépendance énergétique, ou le moyen de contrôler la situation. Et nous avons donc monté cet accord où la Maison Royale Saoudienne était d'accord pour nous envoyer la majeure partie de leurs petro-dollars, et les investir aux Etats-Unis. Le Département du Trésor utiliserait les intérêts de ces investissements pour engager des compagnies US pour reconstruire de nouvelles villes en Arabie Saoudite, de nouvelles infrastructures. Et la Maison Royale garantirait le prix du pétrole dans des limites acceptables pour nous, chose qu'ils ont fait pendant tout ce temps. En échange, nous assurions leur maintien au pouvoir tant qu'ils respecteraient l'accord, ce que nous avons fait, et c'est une des raisons pour lesquelles nous sommes entrés en guerre en Irak. En Irak, nous avons essayé la même politique avec Saddam Hussein, mais Saddam n'a pas marché dans la combine. Lorsque les tueurs à gages économiques échouent, l'étape suivante est d'envoyer ce que nous appelons les chacals de la CIA, à savoir des personnes qui tentent de fomenter un coup d'état ou une révolution. Si ça ne marche pas, ils recourent aux assassinats, ou ils essaient. Dans le cas de l'Irak, ils n'ont pas réussi à atteindre Saddam Hussein. Alors la troisième ligne de défense, si les tueurs à gages économiques échouent et si les chacals échouent, c'est d'y envoyer des jeunes hommes et des jeunes femmes pour tuer et se faire tuer.
AG : Pouvez-vous nous expliquer comment est mort Torrijos ?
JP : Omar Torrijos, le président du Panama, avait signé un accord sur le Canal du Panama avec Carter. Vous savez que cet accord n'a été approuvé par le Congrès que par une majorité d'une seule voix. C'était un sujet très controversé. Puis Torrijos est allé de l'avant et a commencé à négocier avec les Japonais la construction d'un nouveau canal. Les Japonais voulaient financer et construire un nouveau canal au Panama. Torrijos leur en a parlé, ce qui n'a pas plus du tout à Bechtel Corporation, dont le président était George Schultz, et son conseiller principal était Casper Weinberger. Lorsque Carter a été viré, lorsqu'il a perdu les élections, et que Reagan est arrivé au pouvoir, Schultz est devenu Secrétaire d'Etat et Weinberger est devenu Secrétaire à la Défense et ils étaient très en colère contre Torrijos. Ils ont essayé de l'amener à renégocier le traité du Canal et de laisser tomber les japonais. Il a platement refusé. C'était un homme de principes. Il avait ses défauts, mais c'était un homme de principes. Puis il est mort dans un crash d'avion, un magnétophone relié à une bombe avait été placé dans l'appareil. […] Il ne fait aucun doute pour moi que c'était un travail de la CIA. De nombreux enquêteurs latino-américains sont arrivés à la même conclusion. Bien sûr, nous n'en avons jamais entendu parler chez nous.
AG : quelles étaient vos relations avec la Banque Mondiale ?
JP : Je travaillais en très étroite collaboration avec la Banque Mondiale. La Banque Mondiale fournit la majeure partie de l'argent utilisé par les tueurs à gages économiques, ainsi que le FMI.
09:00 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : perkins, confessions, assassin financier, empire, USA, influence
07.09.2007
L'évangile de Jimmy de Didier van Cauwelaert
On peut suivre toute la démarche qu’a entreprise l’auteur, de déterminer la manière de penser d’un clone vis-à-vis de ses origines ; mais pas n’importe lequel, pour augmenter la difficulté – et en éluder d’autres – il a choisi de cloner le fils de Dieu, de le faire grandir en « milieu naturel », et d’observer ce qui allait en sortir. Le tout avec beaucoup d’humour et un brin de provocation.
Malheureusement, l’auteur décide de rebrousser chemin à mi-parcours ; finalement, cet homme n’est pas celui que l’on prétend. L’histoire se poursuit donc, mais perd quelque peu de son intérêt. Pourtant, comment ne pas se prendre d’affection pour cet homme que l’on promeut sauveur de l’humanité, et finalement que l’on confine à l’usage dévolu à n’importe quel clone, celui d’un outil très évolué. Tiraillé entre son envie de faire le bien, de ne pas se laisser manipuler et de se conformer à une certaine morale, acceptant de renouer avec une divinité que l’on lui assure couler dans ses veines, Jimmy s’adaptera, acceptera son sort, deviendra la quintessence même de l’homme. Et puis il tentera de reprendre le travail de son original, en adaptant le message à l’époque, offrant au monde du pain et des jeux, une Passion particulièrement théâtrale. Pour finir sur un happy end tout relatif, mais vite expédié, comme si la fin n’avait finalement que peu d’importance. Un mystère perdurera, celui de ces miracles qui se sont produits ; finalement, est-il une engeance maudite ? Possède-t-il, quelles que soient ses origines, une étincelle divine ?
Sa relation à son père sera évidemment fort particulière, mais ne l’empêchera pas d’avancer comme il le désire – ou plutôt croit le désirer.
09:15 Publié dans Livre, science-fiction | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : jésus, clone, évangile, jimmy, cauwelaert
06.09.2007
La horde du contre-vent de Alain Damasio
[Le site web apporte un superbe complément visuel au roman.]
La Horde du Contre-vent est un groupe de 23 personnes, dont le but est de remonter jusqu’à l’Extrême-Amont, jusqu’à l’origine du vent, l’origine de l’homme.
Le vent donc. Le vent, qui se boucle, effectue des allers-retours, des sauts, engendre des cassures et fracture, joue différents rythmes, partitions, prend les tangentielles; métaphore de tous les possibles, en particulier du temps, qui n'est pas une ligne droite, qui emprunte les chemins de traverse pour atteindre la limite, lointaine.
Alain Damasio invente là un monde passionnant, un univers existant en soi, crédible, doté du poids de ses mots, de la chaleur de ses personnages. 23 hommes et femmes donc, tous différents, chacun avec ses spécificités, son caractère, ses compétences et ses croyances.
Damasio fait plus que raconter une histoire, il fait respirer son roman, la vie coule à flot à travers ses pages. Chacun est suivi pour un paragraphe, pour quelques pages, et les points de vue virevoltent, se passent le relais, signe d’un travail de titan de la part de l’auteur. Mais cela apporte une dynamique considérable au récit, initialement troublante, puis particulièrement passionnante, puisqu’il permet de vivre une scène à travers différents regards. Enfin, Damasio n’a pas fait que creuser ses héros ; il a créé une horde, un groupe compact, dont les interactions sont patiemment expliquées, dont les intrications se poursuivent jour après jour, détaillant ces interrelations, créant le lien entre ses hommes éduqués, créés pour affronter le vif, pour se dépasser, finalement partager leur savoir chacun chèrement acquis pour avancer.
Une fois le livre fermé, ces héros, de chair et de sang, vont habiteront encore un peu. Et à l’occasion, votre attention sera attirée par le mouvement des arbres, par la force du vent. Alors, vous saurez.
15:10 Publié dans Livre, science-fiction | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : horde, vent, damasio, science-fiction
05.09.2007
Acide sulfurique de Amélie Nothomb
Etudiante à la beauté stupéfiante, Pannonique est devenue CKZ 114 dans le camp de concentration télévisé. Le premier sévice étant la perte de son nom, partant de son identité. Zdena, chômeuse devenue la kapo Zdena, découvre en Pannonique son double inversé et se met à l’aimer.
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A. Nothomb n'a peut-être pas voulu prendre trop de risque à se frotter trop durement à un thème, il est vrai, fort complexe. Dommage.
19:35 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : nothomb, acide sulfurique, auschwitz, téléréalité
03.09.2007
Evolution de Stephen Baxter
Purga est un purgatorius, l'un des tout premiers mammifères, et l'ancêtre de l'humanité. Elle vit la nuit, et sa principale occupation consiste à trouver de la nourriture pour elle et ses petits. Elle aurait pu poursuivre ainsi son existence, mais la chute d'un météore va tout bouleverser. L'écosystème subit de gigantesques mutations, les dinosaures s'éteignent, et la longue marche vers ce qui, un jour, deviendra l'homme peut commencer... D'où venons-nous ? Où allons-nous ? En descendant, branche après branche, l'arbre généalogique de l'humanité, Stephen Baxter tente de restituer de la manière la plus exacte possible, et non sans humour, le quotidien de nos ancêtres, et d'imaginer ce que pourrait être celui de nos descendants, cinq cents millions d'années après notre ère.
L'auteur nous entraîne dans un passionnant panorama de l'histoire de l'évolution de l'humanité, de l'apparition du premier mammifère, qui mènera au lointain homo sapiens, à son futur et tout aussi lointain descendant.
Le moteur de cette évolution? L'adaptation ; adaptation de l'animal à son milieu, adaptation des gènes, la sélection naturelle chère à Darwin et Dawkins. Et Baxter présente tout le processus qui mène à l'homme actuel, les premiers mammifères, la disparition des dinosaures suite à la chute d'une météorite (et ses conséquences dévastatrices pour la majorité des espèces animales et végétales), l'utilisation des outils, l'apparition de la conscience, de la conscience de soi, de l'autre, des croyances, la nécessité des relations sociales etc. Pour arriver à notre époque quasi charnière, et la prolonger très loin.
Le tout écrit de manière très agréable, chaque époque faisant le lien avec les précédentes, chaque brin d'histoire étant lié à un ensemble, s'imbriquant dans l'histoire globale. Puis l'auteur nous amène à l'époque actuelle, pour nous resituer dans l'évolution, et part ensuite jusqu'à quelques millions d'années de notre ère, à une époque où l'homme a disparu. Pour enfin atteindre la fin de notre système solaire, l'explosion de notre soleil et de la terre. L'histoire est donc une suite d'évolutions (ou bien, tel que l'avance le titre, une seule évolution?), dues à la sélection naturelle, aux catastrophes (naturelles), à l'environnement. Et le poids de l'homme sur l'histoire de la vie, sur plusieurs milliards d'années, n'est que relativement faible. La vie gagne toujours, l'homme n'est qu'une voie, une forme biologique parmi d'autres.
Cette macrohistoire permet également de relativiser la position de l'homme, son passé, son avenir, au regard d'une histoire beaucoup plus grande que lui, qui durera encore bien après sa disparition.
21:00 Publié dans Livre, science-fiction | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : evolution, baxter, sf, science-fiction, critique, humanité


