10.05.2009

Un Démon de petite envergure de Fedor Sologoub

41BP8WASE9L._SL160_AA115_.jpgUn Démon de petite envergure de Fedor Sologoub

Auteur maudit, adulé au début du siècle, puis rejeté par la critique soviétique pour décadence et dépravation, Fiodor Sologoub est né à Saint-Pétersbourg en 1863. Souvent maltraité, le jeune garçon est marqué par les coups reçus. Il publie ses premiers poèmes en 1884 et sa célébrité devient immense après la parution, en 1905, du Démon mesquin. Acculé à la misère après 1917, empêché d’émigrer, il meurt en 1927 à Leningrad.

Sologoub dévoile la vie d’une petite ville, ses secrets et ses trahisons. Mais bien plus encore, elle dévoile un homme, ses bassesses, ses mesquineries et ses actions intentées pour essayer de monter en grade dans l’administration. 
L’auteur dévoile les pensées de son héros paranoïaque et sadique (toutes proportions gardées bien sûr, puisqu'il demeure médiocre en tout), mais aussi celles des autres personnages qu’il est amené à croiser. Et cet homme, qui a de lui-même une image complètement tronquée, s’accordant beaucoup plus d’importance qu’il n’en a aux yeux des autres, va agir en conséquence. Faire le tour des notables de la ville, des parents qui croient ce qu’il dit sans poser de questions, dénoncer les uns, faire souffrir les autres, se plaindre, mais surtout satisfaire son estomac semblent être l’essentiel de ses fonctions vitales. toutes ses actions ne sont tournées que vers un seul but: obtenir ce poste. 
Chaque trait de naïveté, chaque moment de sympathie, d’humour, de confiance, qui s’installe est systématiquement contrebalancé par l’émergence de sentiments ambivalents, de la jalousie, de la colère, voire de la haine de l’un pour les autres. En ce sens, le héros, bien plus qu’nu médiocre personnage, agit véritablement comme un révélateur, un catalyseur de ce qu’il y a de plus mauvais en chacun des habitants. La mise à nu de ce qu’il y a de plus malsain, au service de peu de chose, finalement. Sologoub met donc le doigt sur nos faiblesses et méchancetés, il mène son personnage au bout de son absurdité, de sa rancœur et de sa paranoïa. On peut également y voir le portrait d'un homme perdu (âme et mental), à la recherche de solutions « terrestres », et ne trouvant de refuge que dans une réponse inadaptée socialement (haine, destruction psychologique, puis physique de l'autre), comme si cela résoudrait sa situation; il s'enferre, imagine des scénarios, mais rien de ce qu'il croit ne résoudra ses problèmes, n'engendrant que frustration et débouchant sur un cercle vicieux – et pathétique s'il n'était tragique.

29.04.2009

Une fille comme les autres de Jack Ketchum

510R4q9uLKL._SL160_PIsitb-sticker-arrow-dp,TopRight,12,-18_SH30_OU08_AA115_.jpgUne fille comme les autres de Jack Ketchum

Meg est une adolescente. Prisonnière. Torturée.
Il y a ceux qui en profitent, ceux qui s en foutent et ceux qui voudraient l'aider.

La quatrième de couverture, Stephen King dans sa préface nous avertissent : on ne va pas rire, pas du tout. On va être plonger dans l'horreur la plus crue, la souffrance la plus abjecte. À chacun de voir s'il veut faire le voyage et suivre le texte jusqu'au bout, long chemin à l'issue trop évidente, mais dont on se prend à espérer que, peut-être... Ce roman de 1989 a donc été tardivement traduit, mais on ne peut que féliciter l'éditeur. C'est donc le genre de livre où vous savez comment se termine l'histoire, ses grandes lignes. Et pourtant... pourtant, vous ne pouvez vous empêcher de lire, de suivre le récit, une dose d'incrédulité, d'horreur sourde. Les seuls moments de répit qu'offre Ketchum sont ceux où vous poserez le livre... écrit de manière simple et efficace, sans effet de style superflu, « une fille comme les autres » effraie; par le récit du narrateur, justement, qui a laissé faire et, des années plus tard, ne s'explique toujours pas son comportement. Par la banalité de l'environnement, qui rappelle tant de faits divers actuels – ou passés; l'auteur raconte justement qu'il s'est basé sur des faits réels, qu'il a expurgé. Par l'escalade de la violence exercée par des enfants, sous contrôle d'une adulte. Le regard un peu lointain du voisin ne temporise rien, ne soulage pas la souffrance de cette (presque)martyr, elle et sa petite sœur abusée, qui souffrent simplement pour expier le mal-être, la haine de celle qui les a recueillies. 
On sort difficilement d'une telle lecture, même si elle met mal à l'aise; elle interroge, sur le rapport à l'autorité, aux limites que l'on s'impose, à la perception que l'on a des autres. Elle interroge sur notre propre comportement: qu'aurions-nous réellement fait?

10.04.2009

Une playlist sur deezer

Voilà, je teste les playlists sur deezer, c'est plutôt bien fait. En voilà une petite faite de reprises, dans différents styles, du plus calme au plus rock.

 

06.04.2009

Le haut-lieu et autres espaces inhabitables

51zZgyIxXlL._SL160_AA115_.jpgPar Serge Lehman

Un grand appartement oublié de l'île Saint-Louis dont les portes et les pièces disparaissent les unes après les autres. Un bureau secret du ministère de l'Intérieur chargé d'explorer la banlieue parisienne pour y trouver les preuves de l'existence de Dieu. Une entreprise géante qui fait surveiller ses employés par des espions semi-visibles. Une ville utopique construite d'après Fritz Lang et hantée par un mystérieux " Charbonnier ". Six histoires étranges, drôles, tragiques, métaphysiques.

Lehman se fait rare, bien trop rare… Ce recueil réunit plusieurs de ses nouvelles, pas forcément récentes. Leurs points communs ? Elles créent toutes un univers qui leur est propre, une ambiance particulière, liée à la création, au fait créateur, à la naissance d’une forme littéraire. 
Chacun des récits semble bâti solidement, de par une exploration des idées, des conséquences du « et si » initial impressionnante. Il y développe un monde, un environnement propre, une ambiance particulière (le Haut lieu m’a rappelé Lovecraft). La création, l’écriture et l’archivage semblent être les points de rapprochement des nouvelles, confrontant directement l’auteur à son œuvre, questionnant la relation à l’art, de la naissance d’une œuvre à son « stockage ». 
En bref, un très bon recueil, très bien écrit, intelligent.

Une interview récente de l’auteur

05.04.2009

Personnages et Point de vue

51nM52T1OmL._SL160_AA115_.jpgPar Orson Scott Card (1988)

L'éditeur Bragelonne sort donc une 'suite" aux conseils d'écriture de Card aux apprentis auteurs.

Pas mal de choses intéressantes, même si elles semblent évidentes. Il explique simplement et concrètement comment développer ses personnages (à faire donc avant l'histoire), les difficultés que l'on peut rencontrer, ce qui intéressent généralement les lecteurs etc.

Les grandes lignes:

Personnages
histoire
physique
nom (significatif ou non)
formation pro ou non
réseau social (amis + famille)
travail
passé non raconté: habitudes, tics
talents, aptitudes
goûts & préférences
orientation sexuelle
religion ou non
attention à l'utilisation des clichés
ce qui est développé doit être utile à l'histoire
ne pas oublier de travailler qq personnages mineurs

pourquoi devrait-on s'intéresser à ce personnage?
Qu'est-ce qui peut mal tourner?
Qui souffre de la situation?

Jouer avec les émotions du lecteur:
souffrances: pas la peine de détailler les souffrances physiques, plutôt causes et effets
menace ressentie
tension sexuelle (la créer intéresse le lecteur; créer un couple entre les personnages principaux la fait disparaître, donc à prendre en compte)

sentiments créés par le personnage:
1è impression (sympathie? Curiosité? Incompréhension?)
attirance
imperfections

attention à l'usage de l'humour, complicité nécessaire.
Attention à raconter plus qu'à montrer (plus d'action que de descriptions)

Évolution des personnages; tjrs à justifier.

Voix employée pour raconter l'histoire (1è ou 3è personne?), impact différent.